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Les Cimes Noires : Un été d’orages en altitude | Saison 2021

by Maxime Daviron

Depuis quelques années, raconter chaque saison orageuse au travers de cette série de récits est devenu un rituel. Axés autour de ma recherche de foudre en haute altitude et des multiples quêtes photographiques qui prennent place en cette saison particulière, “Les Cimes Noires”, relatent mes errances dans les montagnes pyrénéennes et leurs alentours – parfois plus lointains – de chaque côté de la frontière, sous les cieux électriques ou au cœur des atmosphères tourmentées des hautes cimes.

Au-delà de ne faire que raconter, cet autre médium qu’est l’écriture me permet une expression complémentaire à l’image, avec une volonté de partager de la manière la plus immersive possible ces instants que je vis, la démarche artistique qui m’anime, et les réflexions introspectives qui accompagnent son évolution.

À mesure que le temps passe, je prends conscience d’une certaine similitude dans cette approche avec celle de la traque photographique d’un animal insaisissable. Pour approcher l’orage, il faut apprendre à déceler les signes qui trahissent son imminente présence : il faut donc savoir déchiffrer son langage, comprendre son comportement, et interpréter ses traces. Au fil des saisons, il devient possible de deviner le type de décharges électriques qui se produisent sous sa masse de vapeur à la simple écoute de ses grondements distinctifs ; d’anticiper son évolution par l’observations attentive des éléments qui le composent, du contexte qui l’a précédé, du terrain qu’il va rencontrer. En haute montagne, cette interprétation se complexifie, mais ses “habitudes” s’exacerbent : ainsi, d’un massif à l’autre, l’orage n’évoluera pas de la même manière. Certains secteurs sont plus propices à son observations, et au sein d’une même saison se découpent plusieurs périodes ayant chacune leurs particularités propres.

Après deux années 2019 et 2020 particulièrement riches, une certaine pression s’installait alors que les premiers bourgeons commençaient à verdir les forêts, annonçant la formation imminente des futurs cumulonimbus à l’aube de ce nouveau cycle d’orages. Bientôt, le tonnerre allait résonner de nouveau dans les montagnes…



Le récit contenant de temps en temps un vocabulaire propre à la météorologie et aux orages, un lexique est disponible ici : Lexique | Récit : Les Cimes Noires.


• Partie 1 | “À la Fonte des Neiges”

Au printemps 2021, c’est dans les profondeurs des forêts de l’Ariège qu’allaient se dérouler les prémices d’un nouvel été en altitude.

11 avril, Ariège | “Les Brumes du Printemps”

Le 11 avril, alors que la neige commence déjà à fondre dans les altitudes inférieures du massif pyrénéen, l’eau recommence à alimenter les puissantes chutes du Couserans, et notamment la reine d’entre elles : l’imposante cascade d’Ars. Ayant décidé d’y mener des stages photographiques à partir de l’automne suivant, j’y remonte alors pour la première fois depuis de longues années en vue de préparer ces futurs workshops, accompagné de Guillaume et Laurent. Dans la brume qui enveloppe les forêts, son grondement lointain se fait entendre bien avant que nos yeux ne discernent le monstre d’écume à travers les arbres.

La pluie ne tarde pas à tomber sur les montagnes, et l’ambiance, encore sauvage grâce au confinement actuel – que nous avons l’autorisation de braver – est superbe. Nous sommes les seuls êtres humains à parcourir le secteur, alors que le brouillard se densifie peu à peu.


14 avril, Ariège | “Mondes Souterrains”

Mais si je passe tant de temps en Ariège au cours de ce printemps, c’est aussi pour explorer un tout autre type d’environnement. Loin des regards, cachées au cœur des épaisses forêts de ces massifs, s’ouvrent des abîmes qui disparaissent dans l’obscurité des entrailles de la montagne.


28 avril, Ariège

Les conditions en haute altitude étant à cette période assez peu enthousiasmantes, c’est donc dans ces profondeurs souterraines que je trouve refuge, en quête d’une inspiration photographique d’un autre genre, animé par une soif de découverte de ces lieux secrets. Sous la surface, l’eau ruissèle alors avec une intensité croissante, signe annonciateur du retour des averses de printemps qui ne tarderont pas à gronder de nouveau…


9 mai, Gironde | “Prélude”

Mais alors qu’avril s’achève, le début du mois de mai annonce le retour du tonnerre sur les campagnes du grand quart sud-ouest du pays. “Affamé” comme à chaque printemps par un hiver sans foudre, je saisis la première opportunité qui se présente pour aller à la rencontre des tout premiers orages de la saison. Après 3 h 30 de route, c’est dans les vignes de l’est de la Gironde que j’observe ce premier front de rafale se former à l’ouest, en compagnie de Maxime Villaeys. Un arcus menaçant s’amasse sur l’horizon, et un unique impact de foudre s’abat au loin sous la pluie. Le rouleau compresseur progresse lentement jusqu’à nous noyer sous ses précipitations, nous poussant à reprendre la route.

Si cette dégradation encore timide ne donnera rien de plus, les sensations sont bien de retour : au terme d’une course-poursuite vers le sud-est, nous laisserons les flashs s’éloigner dans la nuit avant de reprendre nos routes respectives, satisfaits d’avoir enfin retrouvé le son du tonnerre.


10 mai, Gers | “Premier Contact”

Le lendemain, en revanche, une situation plus prometteuse semble se dessiner à l’improviste sur les dernières mises à jour des modèles de prévision. Après une journée nettement plus ensoleillée que la veille, la convection s’initie rapidement au pied des Pyrénées avant de remonter vers le nord-est. Parallèlement, je file donc vers le centre du Gers – principal couloir orageux de la région nord-pyrénéenne, où je passe l’essentiel de mes nuits blanches électriques lorsque je ne suis pas en montagne ou dans les provinces espagnoles – en vue de me positionner à l’est des orages, déjà bien actifs. À l’horizon, de hautes tourelles convectives surplombent des rideaux de pluie embrasés par le soleil couchant. Il n’y a pas de temps à perdre.

À 21 h 30, je parviens finalement à mon point de vue et installe le matériel. Le crépuscule tombe lentement sur les collines. En bordure d’un champ de blé plongeant vers les forêts, je retrouve alors une symphonie qui m’avait manqué pendant de longs mois : le chant des grillons, des grenouilles et des oiseaux du soir ; ponctués par les grondements réguliers qui émanent de l’ouest. Le détecteur s’enclenche : ça y est, un premier impact de foudre s’est imprimé sur le capteur. La saison est ouverte.

Un autre lui succède, puis un troisième.

Progressivement, les nuages parasites qui masquaient partiellement le cumulonimbus s’évacuent au nord, et le monstre se dévoile. La structure s’illumine soudain de haut en bas et un quatrième coup de foudre vient frapper les collines. L’orage apparaît alors dans son intégralité, trônant sur l’horizon au-delà de la cime des arbres, poursuivant son ascension sous les premières étoiles de l’heure bleue.

Dans la nuit naissante, les flashs continuent d’illuminer la structure avec un contraste de plus en plus prononcé. Depuis la canopée de la forêt, des hululements viennent s’ajouter aux sons qui enveloppent la campagne.

Mais alors que cette cellule s’éteint, d’autres lueurs s’intensifient dans mon dos. Un nouveau système est en train d’émerger au sud-ouest, dans les Pyrénées-Atlantiques. Après m’être replacé sur un autre point de vue, j’assiste finalement à un déluge de foudre à l’avant d’un front de rafales progressant lentement vers moi.

Peu après minuit, la pluie me gagne en même temps que l’activité décline, et j’emprunte le chemin du retour comblé par ces ambiances retrouvées. Maintenant, il ne reste plus qu’à ouvrir la saison en haute altitude…


15 mai, Ariège | “Clair Obscur”

Mais avant de retrouver les cimes, c’est vers le monde souterrain que je retourne une dernière fois ce printemps, accompagné cette fois d’un acolyte photographe, dans l’idée de réaliser des images plus ambitieuses d’une cavité aux dimensions impressionnantes.

Outre le plaisir de l’exploration, cet univers constitue un terrain de jeu photographique dans lequel il est possible d’expérimenter à loisir. Sans surprise, réaliser des images dans cette obscurité totale peut se révéler complexe, et il faut se servir de sources artificielles pour pouvoir capter quelque chose. Mais éclairer la cavité en une seule fois donne un rendu trop plat, sans jeux d’ombres : la lumière ne découpe pas les reliefs particuliers des concrétions qui font tout l’intérêt de grottes comme celle-ci, écrasant du même coup les perspectives et l’impression de grandeur de salles de cette dimension.

La solution que je veux expérimenter ici est donc de fractionner la lumière en allant éclairer une à une les différentes parties intéressantes, de sorte à faire ressortir les reliefs et les textures, tout en créant une atmosphère qui rende justice au lieu. Par des jeux de contre-jours, de liserés, reflets et lumières rasantes, il devient alors possible de capturer cette ambiance, et de façonner l’image finale à la manière d’un portrait en studio.

En résultent 10 à 20 expositions différentes (selon l’image) qu’il va ensuite falloir sélectionner et réunir en post-production. La difficulté est alors d’obtenir une composition cohérente. L’idée d’avoir des sources lumineuses “invisibles” et multidirectionnelles est intéressante pour créer une atmosphère étrange, mais peut donner un résultat perturbant, avec des lumières contradictoires. Certaines prises sont donc écartées pour ne retenir que celles qui s’articulent le mieux entre elles ; ne reste ensuite qu’à empiler les expositions une par une, en affinant pour ne retenir que les zones voulues avec précision. L’important est aussi de savoir quelles ombres conserver : trop en montrer casserait inévitablement cette atmosphère. La clé est de trouver le bon équilibre. Cette technique me permet également de m’approcher des rendus picturaux que je recherche tant, avec une forte influence du mouvement clair-obscur.


• Partie 2 | “Au seuil de l’été”

25 – 31 mai, Espagne | “Road trip de repérage dans le nord de l’Espagne”

Au cours de l’hiver, j’avais entamé la planification de plusieurs road trips préparatoires, destinés à aller faire du repérage dans plusieurs régions du nord de l’Espagne. L’idée, comme toujours, était donc de trouver des abris et des compositions dans des secteurs à fort potentiel pour ma recherche de foudre en altitude et dans les territoires sauvages.

• Jour 1 | 25 mai

Fin mai, en attendant le véritable retour de l’été, Guillaume Dartigue et moi traversons donc la frontière espagnole pour une semaine de voyage dans les sierras d’Aragon et de Navarre. Crise sanitaire oblige, je n’avais pas pu y revenir depuis de longs mois, et ces retrouvailles sont aussi jubilatoires que l’année précédente.

Le soir du 25 mai, nous parvenons à notre première destination, face à un haut canyon dont les parois calcaires, creusées de multiples grottes, sont longées en un ballet ininterrompu par les vautours fauves et percnoptères dans la lumière déclinante du soleil.

La région, à cette époque particulière, est déserte. Nous profitons seuls du coucher du soleil et de l’ascension des premières étoiles. Dans notre dos, à l’est, la lune émerge au-delà des forêts de pins.

Sous sa lueur encore rasante, peu avant minuit, nous assistons stupéfaits à la traversée du ciel par un météore venu se désagréger jusque sous l’horizon, laissant derrière lui une traînée d’un vert phosphorescent au terme de plusieurs pulsations explosives. Dans ce paysage sauvage, une atmosphère primitive s’empare alors de la nuit, tandis que le murmure des insectes semble s’amplifier avec l’intensité croissante de la clarté lunaire.

• Jour 2 | 26 mai

Cette impression de Terre d’un autre temps ne va pas nous quitter au cours de la journée qui s’annonce. Nous gagnons le fond du réseau de canyons, avec pour objectif de rejoindre certaines de ces grottes perchées dans les falaises, où je sais qu’il est possible d’observer des peintures rupestres datées du paléolithique supérieur – quelques 22.000 ans avant notre ère.

Le sentier serpente le long de la rivière, traversant des forêts aux allures de jungle luxuriante. Au-dessus de nos têtes, des parois hautes de plusieurs centaines de mètres se dressent vers le ciel. Les vautours continuent de planer comme d’inlassables ptérodactyles, en quête de carcasses à dépouiller pour nourrir leurs petits. À l’est, le cercle d’un halo solaire brille dans le voile de cirrus qui laisse filtrer la lumière.

Cette atmosphère préhistoriques est quelque peu atténuée alors que nous empruntons le réseau d’échelles qui mènent aux grottes. Mais une fois celles-ci atteintes, ces aménagements sont vite oubliés : sous une cavité, des symboles primitifs peints à l’ocre rouge résistent à l’épreuve du temps depuis plus de vingt millénaires. Représentations minimalistes d’animaux sauvages et de figures humaines, réunies à l’abri d’une caverne perchée dans une haute paroi. Impossible de ne pas se prendre à imaginer la vie à l’époque, alors que nulle route ou frontière ne venait scinder l’ouest de ce qui est aujourd’hui l’Europe.

Après avoir longuement observé aux jumelles les nombreuses nichées de vautours perchées dans les falaises qui nous font face, nous empruntons le sentier du retour. Quelques heures plus tard, les nuages s’amassent au nord. Une cellule faiblement électrique naît alors au pied des Pyrénées et déborde progressivement vers la plaine.

Si la foudre reste absente, de grands rideaux de pluie se déploient d’ouest en est dans la lueur incandescente du soleil couchant, dévorant les montagnes sous un ciel torturé. Durant près d’une heure, les couleurs ne font que s’intensifier jusqu’à atteindre leur paroxysme à l’orée du crépuscule.

Nous retournons planter la tente dans la sierra. Le lendemain, une longue journée nous attend.

• Jour 3 | 27 mai

Après avoir rallié un petit village perdu dans le piémont, nous partons peu après midi pour une douzaine de kilomètres de marche à flanc d’un long canyon. Alors que nous quittons les anciens sentiers qui entourent le village, la chaleur est déjà étouffante, et nous profitons du couvert des arbres tant que possible.

Mais rapidement, le paysage s’ouvre. Sous un soleil de plomb, l’ascension débute en direction des hauteurs. Nous percevons bien vite combien la distance qui nous sépare à vol d’oiseau de notre objectif du jour va être décuplée : des dizaines de vallées “affluentes” strient les abords du canyon que nous longeons, et il nous faut donc systématiquement parcourir ces gorges jusqu’à un point de passage vers l’autre versant. Le sentier zigzag ainsi entre les forêts arides et les plateaux surplombants, sans que nous ne croisions la moindre goutte au fond des lits de torrents que nous traversons de temps à autres. Nos réserves d’eau doivent tenir jusqu’au lendemain, et nous comprenons vite qu’il va falloir les rationner si nous n’en trouvons pas au terme de ce premier jour.

De l’autre côté du canyon, des falaises verticales s’étirent depuis les profondeurs. En leur centre, une fine ligne de relief indique le chemin que nous emprunterons le lendemain : de vire en vire, nous devrons progresser en surveillant nos pas le long d’un itinéraire grandiose où le vertige est interdit. Depuis les plateaux, nous apercevons deux randonneurs évoluer dans l’un de ces passages.

Vers 16 h, notre objectif apparaît finalement, et une bonne nouvelle avec lui : tout au bout du canyon, le petit lac tant espéré est encore rempli d’eau. Une demi-heure plus tard nous posons finalement les sacs. Par chance en cette saison, une cascade abreuve toujours le bassin où nous nous rafraîchissons après une journée sous 30°c. Autour du ruisseau qui dévale les dalles rocheuses, de grands replats nous offriront un lieu de bivouac parfait pour la nuit.

Si nous sommes venus ici, c’est une fois de plus pour repérer les lieux en quête d’abris et de compositions pour les orages des étés à venir. Si les abris sont jusqu’à présent absents et dans un environnement très exposé en cas de fortes pluies, les compositions, elles, sont telles qu’espérées. Du fond du canyon s’érigent des dizaines de monolithes verticaux, surplombant une forêt aux allures de jungle.

Le crépuscule s’installe, et nous mettons notre bivouac en place. Dans l’obscurité, les lumières de nos frontales se heurtent à la surface de l’eau, projetant des reflets dansants sur les parois qui nous entourent. Les premières étoiles apparaissent au-dessus de nous. Une fois de plus, nous n’aurons croisé personne, si ce n’est les deux silhouettes aperçues un peu plus tôt sur l’une des corniches qu’il nous faudra emprunter dans quelques heures.

• Jour 4 | 28 mai

Une lueur colorée me tire de mon duvet avant le lever du soleil. Le temps de parvenir aux vires donnant sur le canyon, le ciel s’embrase.

Alors que je regagne le bivouac, trois silhouettes s’animent sur les hauteurs : un trio de chèvres sauvages, dévalant les falaises pour venir s’abreuver au point d’eau où est installé notre camp. Quelques minutes plus tard, nous déjeunons en leur compagnie, sans qu’elles semblent s’en alarmer.

Il est alors temps de partir à la découverte de ces fameuses vires. Chance et malchance combinées : le ciel est masqué par d’épais cirrus ce matin là. Une chance pour échapper provisoirement à une chaleur écrasante, mais nous privant du même coup de lumières plus intéressantes.

Sur d’étroits sentiers, nous progressions prudemment. À plusieurs reprises, il faut se serrer contre la paroi sur quelques mètres pour pouvoir passer, mais en dehors de son aspect spectaculaire, l’itinéraire ne présente pas de difficultés techniques.

Au terme de cinq heures de marche, nous retrouvons finalement le village d’où nous étions partis la veille. Le soleil est de retour, et le thermomètre a grimpé avec lui. Nous passons la suite de la journée à explorer divers lieux potentiellement intéressants, et filons plus au sud dans la soirée, jusqu’à un minuscule “oasis” de badlands.

Jour 5 | 29 mai

La matinée s’écoule paisiblement, et nous la passons à photographier les oiseaux des alentours.

Après un bon repas, nous partons pour un désert familier. Tradition oblige, ces retrouvailles se feront sous l’orage.

Après des tentatives timides, c’est en toute fin de journée qu’une cellule s’avance de l’ouest sur la plaine aride. Presque dix ans après ma première venue ici, les puissants contrastes qu’offrent les cieux orageux chaotiques sur le désert blanc ne cessent de me captiver – d’autant plus lorsque la pluie se met à tomber et que la foudre vient frapper l’argile.

Sous un crépuscule rosé, les dernières décharges électriques viennent strier le ciel.

La pluie envahit alors le désert, et l’activité orageuse s’éteint. Nous remontons un peu plus au nord, pour bivouaquer en marge d’une petite forêt de pins.

Jour 6 | 30 mai

À l’aube, la pluie à disparu. Les orages sont prévus plus à l’est, près des montagnes. Une fois passé le sifflement de la cafetière sur le réchaud, nous replions la tente et filons vers l’Aragon.

Quelques heures plus tard, dans l’après-midi, des masses de vapeur s’accumulent sur les Pyrénées, grondant en continu.

Il faudra attendre que la nuit vienne pour retrouver la foudre, lointaine et furtive.

Notre voyage touche à sa fin, et nous repartons déjà vers le nord. Aux alentours d’une heure du matin, nous traversons la frontière et grimpons une minuscule route de montagne jusqu’à un petit col forestier perché à 1300 m d’altitude. Après les pluies de l’après-midi, des dizaines d’animaux sauvages errent autour de la piste : hardes de cerfs, sangliers, blaireaux, lièvres… Entourés de cette vie nocturne et des hululements qui émanent de la forêt, nous nous endormons pour quelques heures.

Jour 7 | 31 mai

À l’aurore, les visions du désert de la veille son bien loin derrière nous. Le dernier jour de mai commence dans une lumière décuplée par la rosée du matin, et notre route s’achève.


14 & 15 juin 2021 | “Rituels”

Après avoir retrouvé la foudre en plaine et dans les terres arides d’Espagne, il me fallait rentrer dans le vif du sujet en remontant vers les cimes. Sur le massif pyrénéen, les premières occasions sérieuses se présentent habituellement au cours du mois de juin, et cette année n’allait pas faire exception, avec de premières dégradations envisagées en milieu de mois.

Ce lundi 14 juin, c’est donc vers le centre des Hautes-Pyrénées que je me dirige avec l’espoir de capter les premiers orages de la saison montagnarde. Ayant choisi de rester à une altitude assez modeste à cause de la menace d’un plafond nuageux trop bas sur les crêtes, je démarre mon ascension dans l’après-midi jusqu’à passer la barre des 2400 m. Le ciel se noircit, et le tonnerre commence à résonner alors que des nuées de brume s’étendent autour de moi.

Le brouillard se densifie et finit par m’envelopper. Il me faut attendre plusieurs minutes pour retrouver une visibilité sur ce qui se trame autour de moi : un épais rideau de pluie s’approche lentement depuis les crêtes de l’ouest. Les nuages me submergent à nouveau… Un silence pèse alors sur la montagne, seulement tranché par le sifflement du vent dans les quelques herbes qui parsèment encore cette altitude. Et puis un nouveau grondement éclate, bientôt suivi d’un deuxième, puis d’un troisième. Le ciel s’ouvre à nouveau, et la pluie commence à tomber. La foudre est encore absente, mais les éclairs intranuageux se succèdent à une fréquence de plus en plus soutenue. Je cadre en direction des sommets qui me font face à l’est : enfin, une longue décharge se répand dans le ciel.

Le calme succède brièvement au tonnerre… Soudain, un puissant impact relie le ciel aux cimes dans un fracas spectaculaire, étiré en échos successifs jusqu’à l’horizon.

Deux minutes passent, et une nouvelle décharge vient serpenter dans la pluie jusqu’à frapper les flancs inférieurs de la montagne, bien en-dessous de la crête et des pics les plus élevés.

Ainsi débute donc cette période que j’attends tous les ans avec une vive impatience, et durant laquelle je consacre tout mon temps en priorité à ces éléments. Mais au-delà de cette euphorie, je remarque une chose étrange au niveau du premier point d’impact : décomposé en trois images grâce à la rafale déclenchée par le détecteur que j’utilise, l’extrémité du coup de foudre venant s’abattre sur la crête semble se prolonger l’espace d’un instant, accompagné d’une vive lueur incandescente.

Animation des trois expositions numérotées chronologiquement. (La qualité médiocre est due à la compression du format GIF).

Cette lueur, je l’ai déjà remarquée à plusieurs reprises sur des impacts frappant la roche en altitude. Ayant soupçonné l’éclatement du calcaire d’en être à l’origine, j’en ai longuement discuté avec Alex Hermant (pionnier de la chasse à l’orage en Europe et auteur du livre “Traqueur d’Orages”) ; mais aussi avec un ami géologue. Les hypothèses quant à son origine sont multiples : ionisation locale, éclatement du calcaire suite à la vaporisation de l’eau présente dans ses fissures, résistivité plus importante… La question reste en suspens. Mais à celle-ci s’ajoute aussi celle de la déviation (ou du dédoublement) du point d’impact. Une hypothèse plausible évoquée par A. Hermant serait une résistivité locale plus importante de la matière foudroyée, ou peut-être la présence de structures métalliques tels que les points d’ancrage d’une voie d’escalade sur la paroi, générant un arc électrique secondaire de plusieurs mètres de long.

Quoi qu’il en soit, en l’absence d’une approche scientifique rigoureuse, ces questions resteront malheureusement sans réponses définitives ; mais cette observation rare ne fait, une fois encore, que renforcer ma fascination pour le phénomène.


La cellule s’éloigne, et le calme revient. Je décide alors de redescendre et d’aller m’installer pour la nuit aux alentours de Gavarnie. Le lendemain, d’autres orages pourraient succéder à ceux-ci sur les sommets du cirque.

Peu après minuit, alors que les étoiles ont repris possession du ciel, la lueur embrasée qui se dégage du village me rappelle l’une des anciennes légendes de l’étymologie du mot “Pyrénées”, évoquant d’immenses incendies qu’auraient provoqué les bergers : le massif aurait alors tiré son nom du Grec ancien “pŷr” – le feu.

Au petit matin, j’émerge de bonne heure de mon duvet, gagne rapidement les forêts qui grimpent vers les estives, et passe l’essentiel de la journée en altitude, à observer le ciel. Les signes ne sont pas encourageant, et me poussent à redescendre dans la vallée le soir venu. Il n’y aura pas de récidive ce jour là, mais le lendemain c’est en plaine que devrait résonner le tonnerre.


• Partie 3 | “La pleine saison”

16 – 26 juin | “10 jours d’orages”

16 juin

La période qui suit s’annonce particulièrement électrique, et le mercredi 16 juin, c’est à la frontière du Gers et des Landes que me mène ma route. Mais si l’activité est bien au rendez-vous, la dégradation n’a malheureusement rien d’esthétique, et se déplace trop vite dans un territoire trop boisé. Minuit passe, et j’observe à distance quelques impacts frapper les forêts de pins.

• 19 juin

Deux jours plus tard, un puissant orage grêligène à caractère rotatif m’entraîne aux abord de la ville d’Auch, là-encore sans grand intérêt photographique. Mais un peu plus tard dans la soirée, alors que je suis redescendu dans les collines de la Haute-Garonne, une cellule imprévue se forme sur la campagne.

20 juin

Le lendemain, l’instabilité ne fait que s’accroître. À quelques kilomètres seulement de mon village, j’observe la formation d’une puissante structure à tendance supercellulaire. Après avoir initié une rotation nettement perceptible, la cellule se renforce et le nuage mur s’abaisse, aspirant un vent puissant dans sa direction, signe d’une convection violente. Sa couleur, tirant sur le vert, trahit quant à elle la présence de grêle au sein des précipitations.

Peu après 16 h, la pluie et la grêle me heurtent de plein fouet. Mais la cellule dévie vers le nord, et le noyau m’évite finalement en passant un kilomètre plus loin.

21 juin

Le jour suivant, au solstice d’été, c’est une nouvelle fois dans le Gers que je retourne me positionner. Dès le début d’après-midi, de puissants systèmes grêligènes commencent à balayer le département.

Après quelques péripéties, c’est aux environs de 20 h qu’une structure s’abaisse à l’avant d’une cellule plus vigoureuse, et que la foudre tombe.

Le front m’atteint rapidement, mais là-encore la nuit restera muette. Après quelques dernières lueurs dans la pluie, je remets le cap vers la maison, où je vais enfin profiter de quelques jours de répit.

26 juin

La dernière dégradation de cette série intervient à la fin du mois, bien entendu au cœur du Gers. Au déclin du soleil, une large ligne obscurcit l’horizon sud-ouest, et le tonnerre ne cesse de retentir, s’accordant avec le chant des grillons. Alors que les couleurs du soir s’intensifient, plusieurs impacts viennent strier le ciel.

L’orage se décale vers le nord, laissant une lueur dorée submerger peu à peu la campagne, soulignée par les blés qui s’étendent autour de moi.

Mais déjà, l’activité s’atténue, la pluie cesse, et le son du tonnerre se diffuse comme la brume qui s’élève doucement des routes détrempées.

Au sud, les Pyrénées réapparaissent, s’étendant d’est en ouest au-delà de la plaine garonnaise. Leur appel résonne en moi, mais c’est au contraire vers un autre massif que je vais bientôt devoir partir.


1 – 7 juillet 2021 | “Horizons Alpins”

En effet, du 2 au 4 juillet doit se tenir la toute première édition du festival Terre Sauvage, auquel j’étais invité dans le cadre de ma nomination à la bourse Iris. Dans l’idée d’en profiter pour explorer les Alpes, c’est en compagnie de Guillaume Dartigue que je traverse le pays jusque dans la célèbre vallée de la Clarée, où nous parvenons le jeudi 1er juillet au soir, onze heures après avoir quitté les Pyrénées. Nous trouvons un emplacement où bivouaquer dans les forêts de mélèzes, alors que les montagnes nous accueillent sous un ciel flamboyant.

Du vendredi au dimanche, le festival bat son plein : expositions, projections, conférences et soirées animées se succèdent, donnant lieu à des rencontres aussi belles que multiples ; à tel point que lorsque l’événement se clôture déjà, aucuns de ceux qui n’ont pas d’obligation immédiate n’ont envie de quitter le village de Névache. Délaissant nos projets d’ascensions, en compagnie de Lionel Prado, Charline Palomarès, Baptiste Deturche, Ambre de l’Alpe et Jérémie Villet, nous prolongeons donc les festivités dans les forêts où nous avions bivouaqué à notre arrivée, au creux des arbres et au coin du feu.

Mais quand vient le mardi 6 juillet, il est temps pour chacun de prendre le chemin du retour. Ou presque, car Guillaume, Lionel et moi décidons de rejoindre l’Isère et le massif de l’Oisans, où – une fois n’est pas coutume – d’éventuels orages pourraient avoir lieu.

Sur la route, nous traversons le col du Lautaret, face à l’immense sommet de la Meije, avant de rejoindre les environs de l’Alpe d’Huez. Malheureusement, comme je le craignais, le sauvage ne l’est jamais vraiment dans cette partie des Alpes, et tout autour des montagnes s’étendent parkings, usines, centres commerciaux et stations de ski. Mais dans le massif de l’Oisans, nous parvenons finalement à trouver une vue largement dégagée donnant sur des cimes qui, si elles dominent tout de même une vallée hautement peuplée, semblent déjà moins impactées par l’Homme.

La journée défile dans une atmosphère de plus en plus brumeuse, et malgré la faible probabilité d’orages pour la nuit à venir, l’imminence de la pluie est une certitude. Nous gravissons tous les trois la pente herbeuse sous laquelle nous nous sommes installés, balayés par le vent et les nuées de brouillard.

Quand vient le crépuscule, la pluie que nous avions anticipée se met à tomber jusqu’à tourner au déluge. Nous mangeons dans le van de Lionel, et passons une dernière nuit dans le massif alpin, bercés par les trombes d’eau qui s’abattent sur l’Oisans.

7 juillet

Au lever du jour, une marée de nuages recouvre les vallées. Il est finalement temps pour Guillaume et moi de traverser la France à nouveau pour rejoindre les Pyrénées, au sud de la Haute-Garonne.

Nous reprenons la route dans le brouillard, serpentant de vallées en plaines, longeant différents massifs. Mais à la différence de l’itinéraire que nous avions emprunté à l’aller, passant par l’extrême sud de la France, nous traversons cette fois-ci la Drôme, puis l’Ardèche, où nous regagnons de l’altitude jusqu’à arriver aux portes de la Lozère en fin de journée. Car pour ne rien changer, outre l’envie de traverser ces régions, c’est encore une fois l’instabilité atmosphérique qui a dicté notre route. Après avoir brièvement salué une amie, nous gagnons donc les hauts plateaux de l’Aubrac, où je rêve de capter des cieux orageux depuis bien longtemps, sans jamais avoir pris le temps de m’y essayer.

Et cette première tentative ne s’annonce pas décevante : à notre arrivée peu avant 20 h, une convection puissante s’élève dans toutes les directions sur le “grand désert vert”, soulignée par les lumières particulières dont ce secteur a le secret.

Un ciel tourmenté s’anime lentement autour de nous, noircissant peu à peu l’horizon. Lentement, au sud, une masse de vapeur s’amoncelle et se structure jusqu’à former un monstre convectif semblant entrer en rotation. Un orage à tendance supercellulaire est né, et s’avance désormais vers nous en s’étalant au-dessus des landes désertes ; véritable mastodonte mouvant illuminé de convulsions erratiques.

Les grondements s’intensifient et les premiers éclairs strient le ciel. En moins d’un quart d’heure, le front nous rattrape et la foudre tombe sur les plateaux, suivie de près par la pluie et la grêle.

L’orage s’évacue en perdant peu à peu son intensité, laissant derrière lui un sillage de routes détrempées et de brumes de surface. Après avoir attendu d’hypothétiques nouvelles cellules jusqu’à 23 h 30, nous poursuivons notre traversée vers l’ouest au cœur de la nuit. Quatre heures plus tard, nous atteindrons enfin les collines du Comminges, fermant ainsi une boucle de plus de 1500 km ouverte une semaine plus tôt.


11 juillet 2021 | “Un soir de juillet”

À mon retour, je n’ai pas à attendre longtemps avant de voir s’illuminer à nouveau le ciel, tout près de chez moi. Immergée dans un bleu crépusculaire, la campagne résonne à nouveau dans la chaleur de juillet.

Un peu plus au nord, à minuit, d’ultimes coups de foudre s’abattent à la frontière gersoise.


15 juillet 2021 | “La Vallée Perdue”

Du 13 au 16 juillet, c’est avec ma compagne, Camille, que nous reprenons la route de l’Espagne. Après plusieurs jours dans les sierras sauvages, nous rejoignons un secteur perdu des Pyrénées hispaniques en vue d’y bivouaquer. L’endroit faisait partie de ma liste de lieux à explorer depuis bien longtemps, et s’avère aussi grandiose que je l’espérais. Quand la journée touche à sa fin, une fois terminé mon repérage des différentes compositions que je souhaite réaliser le soir venu, la magie de la montagne opère.

Dans l’atmosphère vespérale, de puissantes rafales balaient la vallée perchée alors qu’une lueur ardente s’empare peu à peu du ciel. Instant suspendu, contraste contradictoire entre les éléments impétueux et la quiétude de la lumière d’été. Face aux cimes, les pins ancestraux s’élèvent, impassibles.

Les dernières couleurs se diluent dans le crépuscule, et le vent cesse enfin de souffler. Encerclée d’étoiles et voilée de cirrus, une demi-lune descend lentement vers les crêtes de l’ouest. Peu à peu, la nuit s’abat sur les cimes. Les silhouettes des pins à crochets semblent contempler la brèche qui leur fait face, s’ouvrant dans la montagne au seuil de l’obscurité. Sous le ciel immense, les dernières brises se suspendent, et le silence se fait.


« On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer, ni s’être passé. Je n’ai plus aucun secret, à force d’avoir perdu visage, forme et matière. Je ne suis plus qu’une ligne. On n’est plus qu’une ligne abstraite, comme une flèche qui traverse le vide. On a peint le monde sur soi, et pas soi sur le monde. »

Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux

Nuit du 20 au 21 juillet | “Le Paroxysme”

Au matin du 20 juillet, un soleil écrasant se lève sur les montagnes de l’Aragon. Arrivé la veille au soir, j’ai passé la nuit dans un massif positionné en amont des zones potentielles où pourraient éclater les orages le soir suivant.

Je passe la première partie de la journée à explorer un secteur que je connais bien mais où manquent certains points de vue, qui restent à identifier. Au terme de laborieuses errances sur des pistes chaotiques, je prends note de mes découvertes et jette un coup d’oeil à la réactualisation des modèles de prévision : ces trouvailles me serviront un autre jour, puisque le potentiel s’est visiblement décalé un peu plus à l’est. Si je n’ai qu’une trentaine de kilomètres à parcourir à vol d’oiseau jusqu’au point de vue choisi, les routes sinueuses multiplient cette distance à près du triple, et je préfère ne pas m’attarder pour conserver une avance confortable.

Dés le début d’après-midi, la température approche la barre des 40°c alors que je fais route vers l’est. En milieu de journée, j’atteins péniblement une altitude de 1700 mètres, sur une crête isolée du piémont bordant les Pyrénées catalanes. La journée s’écoule au gré d’une convection qui peine à s’initier, mais finalement, aux alentours de 20 h, le déclic se produit.

À l’intérieur de ces nuages, les particules d’eau et de glace vont bientôt entrer en collision à la faveur des violents courants verticaux qui animent le nuage dans sa puissante expansion. C’est de cette friction que naîtront les premières décharges et le grondement caractéristique qui leur succède.

Les premiers orages éclatent à l’ouest et au nord, avançant lentement dans ma direction. Tandis que le jour décline, une lueur rouge apparaît au-dessus de l’horizon : le disque solaire traverse lentement les rideaux de pluie, avant de disparaître sous les crêtes aragonaises qui s’étirent au loin.

Malgré l’obscurité naissante, les cimes restent longuement embrasées, alors que les impacts ramifiés se succèdent à une cadence de plus en plus soutenue.

Soudain l’un d’eux s’abat bien à l’avant des précipitations, frappant la vallée qui me fait face : un impact extranuageux, tout droit venu des hautes altitudes de l’orage.

Tandis que les noyaux d’activité se multiplient, le front continue de se propager vers moi.

La lune s’éclipse alors derrière les nuages, et la nuit se noircit encore un peu.

Les premières gouttes tombent sur la crête, suivies de près par un déluge projeté par de violentes bourrasques. Des nuées d’éclairs internuageux se propagent à travers le ciel alors que les cellules me dépassent en direction du sud.

Une demi-heure plus tard, la pluie finit de s’évacuer dans la plaine, et l’activité électrique se poursuit de plus belle.

Parfois, on croit voir se matérialiser dans la nature le reflet de ce que notre esprit recherche. À travers la nuit, deux bras électriques semblent enserrer un massif épargné de l’altération des lumières artificielles, protégeant un écrin de sauvage contre l’intrusion de l’Homme. La lumière primitive, surgissant du vide, contre les lueurs chétives que nos civilisations tentent d’opposer à la nuit.

Jusqu’à près d’une heure du matin, la frénésie se poursuit.

Le silence et l’obscurité retombent. Au loin, les dernières lueurs se succèdent, de plus en plus espacées. La vie nocturne sauvage reprend peu à peu possession des montagnes tandis que je repars vers le nord, traversant une nouvelle fois les routes désertes de cette région unique.


25 & 26 juillet 2021 | “L’appel de l’altitude”

Une nouvelle fois, cette course effrénée après les éléments m’aura fait négliger les ascensions non dictées par le tonnerre. Un retour aux sources salvateur s’impose, car dès que je m’absente trop longtemps des cimes, leur appel se fait toujours plus impérieux.

Non loin du val d’Aran, dans les Pyrénées aragonaises, je m’élève donc vers une région sauvage de lacs d’altitude. Mon équipement est léger, seul un tarp viendra compléter mon bivouac à la belle étoile, car la possibilités de quelques gouttes nocturnes n’est pas à exclure.

Une atmosphère chargée laisse filtrer quelques rayons alors que j’approche de ma destination en cours de soirée. Le temps que je mette mon bivouac en place, le crépuscule dévale de l’est et commence à bleuir les montagnes. Aux alentours de minuit, les nuages se multiplient et la lune s’élève à son tour.

Quand le soleil lui succède, de nouvelles couleurs embrasent les crêtes qui m’entourent.

Mais il ne faut pas longtemps au brouillard et à la bruine pour s’engouffrer sur le massif. Alors que je quitte le lieu de mon bivouac, l’ambiance se fait plus silencieuse.

Après avoir retrouvé ma voiture et regagné la vallée, je profite de ma présence dans les environs pour poursuivre mon exploration de points de vue potentiellement intéressants pour les orages de moyenne altitude. Une fois rentré chez moi, en fin de journée, le sauvage semble m’avoir suivi : des dizaines de milans noirs planent en cercle comme une nuée de vautours sous un ciel noir, en quête de leur repas.


Nuit du 27 au 28 juillet | “Fantômes Nocturnes”

Le lendemain, au soir, une dégradation pluvio-orageuse est censée traverser le Gers. Cette fois, malgré quelques flashs dans la nuit, l’aspect pluvieux prend le dessus sans laisser de suspense quant à la possibilité de capturer quelque chose.

Mais cette absence de foudre est propice à un autre genre de rencontres. Lors de mes errances nocturnes dans les campagnes, la faune sauvage est toujours omniprésente ; mais un animal en particulier, cependant, représente à mes yeux l’emblème de ces nuits : la chouette effraie. Au bord des routes, perchée dans les arbres ou sur les poteaux des lignes téléphoniques, sa silhouette blanche caractéristique ne manque jamais d’apparaître alors que je file vers l’orage ou que j’emprunte le chemin du retour, alors plus attentif à mon environnement.

Cette nuit là, sous un impassible déluge, mon attention est à nouveau attirée par des formes fantomatiques dans ma vision périphérique. À une dizaine de reprises, je croiserais la route des rapaces blancs, rendus immobiles par les trombes d’eau inondant la campagne endormie.


Nuit du 29 au 30 juillet | “Symphonie Sauvage”

Le surlendemain, je traverse à nouveau la frontière vers les massifs du haut Aragon.

Un sentiment d’incertitude a plané toute la journée dans le ciel. Si une importante dégradation est prévue pour une partie de la nuit des deux côtés des Pyrénées, les signes sont contradictoires, et quelque chose de plus anarchique semble s’annoncer. Il faut attendre le crépuscule pour en avoir finalement le cœur net : les premières cellules s’illuminent nettement plus à l’ouest qu’anticipé par les modèles, mais la convection semble progressivement se décaler vers moi.

Perché au cœur des canyons aragonais, j’observe patiemment les masses blanches qui flottent au-dessus de moi. L’une d’elle, tout juste à mon sud, s’étoffe rapidement, et l’activité électrique y semble imminente… Dans l’expectative, je perçois plus vivement la symphonie nocturne qui s’élève des forêts, témoignant de la vie qui grouille dans ces lieux sauvages. Mais une lueur ramène brusquement mon regard vers le ciel : un premier flash précède de très près le coup de tonnerre tant espéré, puis deux, trois… Une cellule s’est formée presque à ma verticale, et se décale légèrement plus à l’est. Un premier internuageux traverse le ciel au-dessus des falaises karstiques qui disparaissent dans des profondeurs invisibles. Enfin, un premier impact tombe, puis trois autres. Sous un plafond nuageux déchiqueté, une atmosphère chaotique et primitive se révèle. La cellule disparaît au nord aussi vite qu’elle s’était formée, rendant l’obscurité et le silence aux montagnes qui m’entourent.

Mais ce calme ne dure pas longtemps. Quelques minutes passent, et déjà de nouvelles lueurs illuminent les sommets.

Le cycle se poursuit jusqu’à une heure du matin, avant que les derniers flashs ne disparaissent pour de bon de l’autre côté de la frontière.


Nuit du 31 juillet au 1er août | “Apparitions Célestes”

Rentré chez moi au matin du 30 juillet, je profite d’une journée de repos avant de repartir pour la Catalogne, où une dégradation de grande envergure est anticipée. Ayant cinq heures de route devant moi pour rejoindre ma “cible”, je décide de partir tôt, en début d’après-midi.

Une dizaine de minutes après mon départ, alors qu’une pluie légère tombe sur la campagne, ma voiture part dans un tête à queue incontrôlable en plein virage, et vient se fracasser contre une bordure en béton de l’autre côté de la route. Je parviens à redémarrer et à me garer péniblement sur le bas-côté quelques mètres plus loin, mais si j’ai la chance d’en sortir indemne, ce n’est pas le cas de ma vieille Toyota : le radiateur et le châssis sont détruits, une roue est pliée, et divers liquides se déversent du moteur. Un coup de fil plus tard, après qu’une dizaine de personnes se soient arrêtés pour proposer leur aide, ma compagne vient me récupérer. Chance dans mon malheur, un garage est situé à peine 500 mètres plus loin, et j’arrive à y traîner l’épave dans un bruit épouvantable. Le verdict est sans appel : ma voiture est mûre pour la casse. J’apprends alors que le virage en question est le lieu de nombreux accidents chaque année, à cause des hydrocarbures et débris végétaux qui s’y accumulent sous le couvert des arbres. La fatigue des multiples nuits blanches et dizaines d’heures de route accumulées depuis le début du mois n’a probablement pas aidé, même si l’accident s’est produit à assez basse vitesse – un tel aquaplaning étant, de toute façon, impossible à rattraper.

Me voilà donc de retour à la case départ, immobilisé chez moi tandis que les orages sont toujours prévus dans le nord de l’Espagne. Par chance ma compagne est en week-end, et me propose de prendre sa voiture pour la nuit. C’est donc aux alentours de 20 h que j’arrive finalement sur place, alors que les hostilités s’amorcent… Mais finalement la dégradation ne se déroule pas comme les modèles l’avaient prévu depuis des jours, et je n’ai droit qu’à une pluie battante et quelques éclairs internuageux tandis que seules quelques cellules plus vigoureuses, à l’est, parviennent à atteindre la côte méditerranéenne.

Je tente alors de filer vers la mer, mais l’activité électrique y décline également. Rien à faire. Après une telle journée, mon moral est au plus bas, et je dois me résoudre à repartir pour cinq heures de traversée.

Mais loin de là, étalé vers le nord depuis les îles Baléares, un puissant système orageux poursuit sa route au large en direction de la Sardaigne. En contact avec Maxime Villaeys, présent sur la côte d’Azur pour photographier les red sprites potentiellement issus de ces orages, je me rends compte que l’horizon semble se dégager de mon côté également. C’est une occasion inespérée. Étant justement en train de prendre de la hauteur, c’est le moment ou jamais de trouver un point de vue dégagé sur l’est. Au cœur de la nuit, la voie lactée se confond avec la brume dont j’émerge peu à peu… Soudain, les étoiles apparaissent avec une clarté totale dans la noirceur du ciel : j’ai finalement traversé le sommet de la mer de nuages.

Je déniche alors un lieu propice, et installe le matériel. Je lance mes poses de deux secondes en continu, et attend. Plusieurs flashs illuminent l’horizon, lointains, diffus. Je stoppe ma première salve de 100 photos, et épluche chacune d’entre elles. Là, sur le coin supérieur gauche d’une image, partiellement hors cadre, se trouve une forme rouge : mon tout premier sprite ! Je jubile, mais il me faut vite recadrer avec plus de précision. Je lance une nouvelle série d’expositions, et à nouveau les formes rouges apparaissent ! L’euphorie monte alors que je les vois s’afficher sur le petit écran du Nikon, à quatre reprises au total.

Malheureusement, la lune se lève sur la gauche des orages, et sa luminosité puissante envahit l’atmosphère. Je poursuis alors ma route à travers la nuit, jusqu’à m’arrêter après la frontière française à 6 h 30 du matin, épuisé. À mon réveil, je vérifie l’écran de l’appareil : ils sont bien là, imprimés sur le capteur. Cette réussite est grisante, et l’envie de récidiver est là ! Je n’avais jusqu’à présent tenté le coup qu’à quelques occasions, mais les conditions n’avaient jamais été parfaitement réunies, tour à tour ruinées par les altocumulus ou les enclumes de l’orage, ou rendues impossibles par la lune, ou par la simple absence des décharges positives nécessaires à la formation de ces phénomènes rares.

Ces phénomènes, justement, je me rends compte qu’il est nécessaire de les vulgariser. Les red sprites font partie de ce qu’on appelle les “phénomènes lumineux transitoires“, que l’on pourrait résumer à d’immenses éclairs se produisant dans la haute atmosphère au-dessus des orages, provoqués par des décharges puissantes ayant lieu au sein des cellules. Il en existe plusieurs types, mais les red sprites (parfois appelés “farfadets” en Français) sont de loin les plus fréquents. Si un cumulonimbus culmine généralement – sous nos latitudes – à environ 12 kilomètres, les sprites se déploient quant à eux entre 80 et 145 kilomètres d’altitude, pouvant donc dépasser la ligne de Kármán, définissant à 100 km d’altitude la frontière entre l’atmosphère terrestre et l’espace.


• Partie 4 | “Vers un second souffle”

Si ces prises ont pu compenser cette désastreuse dernière journée de juillet, le réveil est tout de même difficile quand je réalise que j’ai perdu mon autonomie, et une voiture increvable qui m’avait fait parcourir des dizaines de milliers de kilomètres sur les routes et les pistes les plus chaotiques de l’Europe de l’ouest. Le temps de rebondir, je vais donc devoir passer le mois d’août pratiquement “à pied”. Chance dans mon malheur, à quelques exceptions près cette période va s’avérer être un véritable désert orageux, jusqu’à ce que septembre ne vienne changer la donne, et que je reprenne enfin les traversées solitaires des campagnes endormies.


Nuit du 11 au 12 août 2021 | “Insomnie”

Minuit. Voilà une heure que se découpent face à moi les silhouettes des sommets qui composent la chaîne pyrénéenne. Au-dessus de la crête frontière entre l’Ariège et la province catalane de Lérida, de hautes bases nuageuses s’illuminent à une fréquence soutenue, déployant leurs rideaux de pluie sur le versant espagnol des montagnes. Si l’on pourrait croire que j’observe alors cet orage depuis une cime isolée de l’Ariège, il n’en est rien : j’ai préféré ce soir-là ne pas emprunter la voiture de ma compagne et laisser ces cellules s’éloigner vers l’est en les observant depuis chez moi. C’est donc confortablement installé dans mon jardin, avec le chant des grillons et de quelques oiseaux nocturnes pour atmosphère sonore, que je photographie l’un des uniques impacts de la soirée, s’abattant alors à un peu plus de 50 kilomètres de distance.


25 août 2021 | “Août s’achève”

En dehors d’une incursion peu fructueuse en Catalogne le 19 août, il faut attendre le mercredi 25 août avant qu’une nouvelle instabilité se profile dans le nord de la péninsule ibérique. Karine Desbordes, Maxime Villaeys et moi-même faisons alors route vers les reliefs, et en fin d’après-midi, le tonnerre résonne continuellement autour de nous. De multiples cellules se succèdent, mais l’activité reste purement intranuageuse. La journée s’achève peu à peu dans des lumières grandioses.

Au crépuscule, une nouvelle cellule se forme au nord, nous gratifiant de l’unique impact de la soirée.

Dans la nuit tombante, un petit orage monocellulaire longe alors les Pyrénées vers l’est, déployant de longues décharges internuageuses dans une atmosphère aux allures volcanique.

Cinq jours plus tard, je retrouvais enfin ma mobilité en faisant l’acquisition d’un monospace, que je pourrais aménager en attendant un futur van. La première partie du mois de septembre s’annonçant un plus active, j’allais donc pouvoir tester ses capacités sous les derniers orages de la saison.


1er septembre 2021

C’est dans les collines du nord de l’Ariège, avec un front de rafale précédé d’un bel arcus, que s’amorce septembre.


Nuit du 2 au 3 septembre 2021 | “Au bout de la route”

Le lendemain, une salve imprévue naît dans la soirée au pied des Pyrénées et prend rapidement la direction du nord-est. Après avoir suivi le système en formation depuis les plaines du nord des Hautes-Pyrénées, je retrouve la campagne gersoise.

Au bout de la route, l’un des derniers orages de l’année s’éloigne progressivement vers le nord. Avec lui, c’est la saison estivale qui disparaît lentement dans la nuit.

Mais à minuit, de minuscules tâches sur le radar m’indiquent la possibilité d’une seconde salve, un peu plus à l’est. Une heure plus tard, de nouvelles cellules défilent alors devant moi jusqu’en milieu de nuit.


14 & 15 septembre 2021 | “Aphélie”

Dans l’après-midi du 14 septembre, presque un an jour pour jour après l’accident qui m’avait valu un hélitreuillage dans ce massif, je regagne les hautes altitudes de Gavarnie. Si j’avais pu retrouver l’immensité du cirque en plusieurs occasions cette année dans d’autres secteurs, je n’avais pas encore repris l’itinéraire qui monte à la brèche, et dont on avait bifurqué à l’époque pour tenter de traverser l’amphithéâtre titanesque en son cœur.

Un an plus tard, la pluie enveloppe les montagnes alors que je gagne mon abri sous un plafond chargé. Le soir venu, le brouillard m’engloutit. Depuis la grotte, à 2800 mètres d’altitude, j’entends les rafales se déchaîner sur la crête frontière, décrochant de petites grappes de cailloux qui dégringolent le long des parois de temps à autres.

La nuit s’empare des lieux. De l’orage que j’étais venu chercher, je ne parviendrais à observer que quelques flashs timides à travers la brume.

Au matin, la visibilité est encore nulle. Sans attendre le retour de la pluie, je m’équipe pour affronter le vent qui n’a pas perdu de sa puissance, et regagne le sentier que je connais pas cœur. Une vingtaine de minutes plus tard, j’émerge finalement sous les nuages, comme regagnant soudain le monde des Hommes. Au loin, la grande cascade est violemment courbée par les rafales, s’évaporant dans le cirque à la moitié de sa hauteur. Alors que je poursuis ma redescente, ballotté par le vent, j’atteins le col qui ouvre l’horizon vers les vallées du nord : un rayon de soleil parvient à percer la marée de nuages qui se répand vers l’est, frappant les pentes qui me font face, seule tâche de lumière perceptible qui se refermera quelques instants plus tard.

Alors que j’atteins la fin de ma descente, le vent s’acharne encore davantage, à un point que j’avais rarement vécu en altitude, faisant rebrousser chemin à plusieurs marcheurs partis dans la matinée. De toute façon, les cimes resteront cachées dans la brume jusqu’à la nuit suivante. En cette matinée de septembre, la montagne se referme, annonçant déjà l’imminence de l’automne.

À mon retour, ayant dû rester longuement éveillé pour guetter les flashs à travers le brouillard nocturne, je ne mets pas longtemps à trouver le sommeil – d’autant que je sais qu’il ne va pas durer. À minuit et demi, je suis tiré du lit par un son familier et attendu : de lourds grondements résonnent sur les collines alentours. Cette fois, je verrais la foudre tomber pour la dernière fois de la saison, sous une pluie battante.

Dix-huit heures plus tard, la journée s’achève de la même manière qu’elle avait commencé, au son du tonnerre.

Dans l’ouest de l’Occitanie, la saison touche à sa fin. Une amertume coutumière se fait déjà ressentir, doublée d’un paradoxal sentiment de soulagement. Les orages laissent derrière eux un sillage de routes détrempées et de souvenirs encore frais, mais cèdent aussi la place à une certaine paix d’esprit. L’été est une période de veille permanente, à l’affût du moindre signe favorable à un nouveau périple sur les routes des plaines ou les sentiers de la haute montagne. Mais si le ratio de réussite reste largement positif, toutes les tentatives ne sont pas couronnées de succès, et bien que chaque échec soit une leçon, il reste parfois difficile à encaisser – quand bien même les causes en sont hors de tout contrôle. Concilier ce nomadisme erratique avec une vie personnelle et sociale n’est pas non plus toujours évident, conséquence inévitable d’une démarche artistique basée sur des éléments qui n’attendent pas. C’est aussi là qu’est ma chance, d’être aussi bien entouré et compris. Car cette attraction pour ces phénomènes dépasse de loin le stade de simple passion, et ne saurait être raisonnée.

Mais au bout du compte, quand septembre touche à sa fin, je sais que tout ceci en a valu la peine. Une fois de plus les images se bousculent dans ma tête, souvenirs d’instants uniques dont je ne saurais jamais retranscrire toute la richesse en mots ou en images. Au-delà des quelques photographies réussies qui viendront finalement s’ajouter aux séries pour lesquelles elles ont été réalisées, ce sont avant tous ces moments vécus qui resteront gravés. Une nouvelle saison, inscrite dans ma mémoire parmi celles qui l’ont précédé.


• Épilogue

18 septembre 2021

Comme il avait commencé, c’est dans les brumes de l’Ariège que s’achève ce cycle. Au matin du 18 septembre, je gagne la haute vallée d’Ars et la cascade du même nom pour y donner ce premier stage que je préparais en avril. Dans un air une fois encore saturé d’humidité, les forêts laissent filtrer une lumière spectrale d’automne.

Quand nous parvenons à la cascade, le brouillard se déchire l’espace d’un instant. Dans un sentiment de déjà-vu, les forêts d’altitude se dévoilent une poignée de seconde avant de disparaître à nouveau alors que la pluie commence à tomber.


Le week-end suivant, le Festival Pyrénéen de l’Image Nature se tient à Cauterets. Nouveau moment de rencontres et de découvertes photographiques et artistiques, venant clore à son tour la saison des festivals dans les montagnes familières entourant la belle ville de Cauterets. Sur la route du retour, alors que le crépuscule s’installe, je décide de m’arrêter au bord d’une petite route du piémont haut-pyrénéen. Les montagnes s’endorment, encore vierges de la neige qui les recouvrira bientôt pour les longs mois d’hiver. Sous le couvert d’un frêne, dans la fraîcheur du soir, j’observe longuement les cimes s’assombrir, et les dernières couleurs se diluer dans la nuit. Une évidence s’impose avec elles : l’été s’éteint lui aussi.

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