Écosse : Septembre Pourpre

L’équinoxe d’automne : on pouvait difficilement trouver meilleur moment pour partir sur les routes sinueuses d’Écosse. Le 21 septembre 2017, nous nous envolions pour Édimbourg en vue de boucler un nouveau road trip de dix jours à travers les monts brunis des Highlands et les côtes déchiquetées du Nord-Ouest.

  • Jour 1 - 21 septembre 2017

Après une escale à Londres, nous survolons les collines écossaises en fin d’après-midi. Sans même avoir touché terre, je capture déjà mes premières images, annonçant – à tous les sens du terme – la couleur pour la suite...

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Trente minutes plus tard, la gomme des trains d’atterrissage crisse sur le tarmac. Nous y sommes. Après avoir récupéré notre voiture de location, nous entamons enfin la route – à gauche – et mettons le cap au nord-ouest, en direction des Highlands ; avant de passer notre première nuit, pour faire les choses correctement, sur le parking d’une distillerie de whisky perdue en rase campagne.

 

  • Jour 2 - 22 septembre 2017

Au matin, nous montons vers l'est du parc national de Loch Lomond. Doucement, les vallons se creusent et les collines s'étirent. Avec l'altitude croissante, les arbres se raréfient ; et nous débouchons finalement sur un plateau de tourbières, totalement désertique.

Après un col, les premières ambiances écossaises se dévoilent...

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La route traverse ensuite un plateau aux allures de toundra, étendues brunes à perte de vue.

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Nous progressons d'averse en averse, le pays ne déçoit pas : ciel sombre, pluie et couleurs d'automne.

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Nous roulons ainsi jusqu'à Glencoe, approchant de la mer avant de remettre le cap au nord, non sans frôler les plus hauts sommets de Grande Bretagne, noyés dans la tourmente.

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La journée passe et les courbes défilent sous nos roues. En fin d'après-midi, nous arrivons sur l'île de Skye sous un déluge impressionnant. C'est l'endroit le plus couru du pays, par les touristes comme par les photographes. Les lieux tels que The Old Man Of Storr sont submergés toute l'année, et les images qui en sont tirées inondent Internet, au point que je n'ai finalement aucune envie d'y faire le moindre cliché "souvenir". Néanmoins, nous trouvons un bon endroit pour passer la nuit, tout près de là, au-dessus des falaises dominant la mer d'Écosse et donnant sur les montagnes opposées, vers lesquelles nous nous dirigerons demain.

La pluie cèdent doucement la place à une bruine accompagnée de brouillard ; mais parfois, entre deux grains, la vue se dégage vers le nord-est...

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  • Jour 3 - 23 septembre 2017

Toute la nuit, une tempête balaie sans répit la côte de Skye. Mais à l'aube, malgré les rafales encore violentes, l'ambiance est radicalement différente. La baie est baignée d'une lumière dorée, le ciel s'est finalement ouvert.

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Nous longeons la côte en direction des Quiraing, traversant quelques villages de pêcheurs. Deux heures après le lever du soleil et plusieurs pauses dans des criques cachées, nous arrivons au fameux col dominant les monts iconiques des Quiraing... Une fois encore, je ne réalise des images que pour le souvenir, tout a déjà été fait, les compositions les plus efficaces ont déjà été vues des dizaines de fois. Je tente quelque chose d'un peu différent, avec la lumière simple du matin, et le ciel rempli de nuages lenticulaires dérivant dans les rafales.

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Nous traversons les montagnes jusqu'à la côte ouest de la pointe, par l'une de ces minuscules routes parsemées de moutons à tête noire ; avant de retourner vers les terres. L'île est trop fréquentée, et je préfère, du moins cette fois-ci, me concentrer sur les régions plus sauvages et inspirantes de Wester Ross.

En quittant Skye, nous laissons la tempête derrière nous. Après avoir oscillé entre les forêts des profonds vallons striant les reliefs, les cols et la côte ; nous approchons du massif des Torridon Hills. Nous errons sur les flancs marécageux de hautes collines, cernés par des sommets karstiques.

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La journée défile au rythme des nuages, et nous décidons de passer la nuit sur les rives du Loch Maree. L'heure bleue est paisible, le ciel toujours couvert. Au bord de l'eau, de grandes racines enchevêtrées rampent autour des pins...

  • Jour 4 - 24 septembre 2017

L'atmosphère matinale est typique. Sous la bruine, nous suivons un sentier s'élevant dans la forêt dominant le Loch, offrant des ouvertures sur les nuances de gris qui enveloppent les montagnes.

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Une heure plus tard, plus au nord, un répit dans le déluge laisse percer des rayons furtifs...

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La minuscule Coastal Road se déroule, rythmée par les arrêts dans les "refuges" permettant aux véhicules d'en face de passer. Nous nous approchons de nouveau de la côte, toujours sous des trombes d'eau.

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Plus nous gagnons en latitude, plus les couleurs brunissent. Sur la route longeant la mer, le ciel change, plus sombre. Le parfum des embruns nous gagne, emporté par les rafales...

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À nouveau, nous regagnons l'intérieur des terres, dans une zone plus sauvage. De grandes étendues marécageuses, paysage à mi-chemin entre la toundra subarctique et certains plateaux plus familiers tels que l'Aubrac. Nous décidons de rester jusqu'au lendemain, pour profiter des ambiances sauvages...

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Sans répit, les grains se succèdent, émergeant d'un vaste corridor entre les collines.

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Je profite d'une accalmie pour repérer les lieux et les compositions éventuelles pour le soir, au cas où des lumières intéressantes arriveraient à percer. La Coastal Road, comme souvent, apporte une géométrie saccadée au paysage, tranchant ses nuances brunes.

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Cette succession de virages me plaît. J'y capture en l'espace de quelques heures des scènes très différentes : brumes, plafond nuageux pesant, rideaux de pluie... Tout en essayant différentes configurations.

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En fin d'après midi, la brume stagne sous les sommets à l'ouest, et peu à peu des couleurs estompées semblent vouloir s'immiscer parmi les nuages. Ce sera quitte ou double. Je guette l'ouverture, un lieu bien précis en tête pour me positionner dans le cas d'un éventuel embrasement... Et puis, en quelques minutes, la scène passe du gris terne à l'orange flamboyant, trois grand rayons crépusculaires s'élèvent de l'horizon, derrière la colline embrumée, sous un ciel sombre... Tout s'affole, surtout moi, perché sur un rocher glissant, détrempé par les pluies de l'après midi ; le trépied installé tant bien que mal sur le peu d'espace disponible.

Au même moment, autour de nous, résonnent des cris bien particuliers : le brame des cerfs. Des hardes nous encerclent dans les collines.

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Alors que le crépuscule tombe, nous observons jusqu'à la nuit un grand cerf, tout proche, et les dizaines de biches qui composent son harem. Malheureusement, il fait déjà trop sombre et je ne dispose pas d'une longue focale assez lumineuse pour les capter...

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  • Jour 5 - 25 septembre 2017

Mais à l'aube, la harde est toujours là. Je peux alors en tirer une image vaguement correcte, bien que les biches soient éparpillées dans les tourbières.

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La route se poursuit vers le nord. L'enchaînement familier des Lochs, baies, vallons et montagnes continue sous un ciel toujours chargé.

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Les Highlands s'ouvrent, laissant peu à peu des étendues plus vastes entre les monts qui les dominent. Les arbres se raréfient, et la route serpente de village en village, traversant des prairies dégagées. Des scènes furtives naissent parfois dans des lumières mystérieuses...

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Nous bifurquons alors vers l'ouest pour nous approcher de Stac Pollaidh, un petit sommet rocailleux de 612m dominant les Highlands, cerné par de grands lochs et d'imposants sommets noirs. Nous entamons son ascension dans une ambiance sombre et changeante.

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En des laps de temps très courts, la lumière métamorphose les flancs du sommet. Là, à quelques centaines de mètres de nous, la silhouette d'un cerf se découpe.

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Nous continuons de grimper. Les paysages d'un versant à l'autre sont très différents, soulignés par ces lumières fractionnées que je recherche perpétuellement.

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Nous passons de l'autre côté du pic. À perte de vue, les territoires oubliés du nord-ouest, noyés dans un chaos mouvant. Exactement les conditions que j'espérais avoir, répondant parfaitement à l'image que je m'étais projeté de cette région avant d'entamer le voyage.

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Le ciel se referme alors, et le sommet du Stac Pollaidh se perd dans le brouillard.

Une fois revenus à la voiture, il est temps de prendre une décision : ayant prit un forfait peu cher, nous sommes limités en kilométrage, à 1300km. Hors, en incluant la distance que nous devrons faire pour rentrer, nous ne pouvons nous permettre de poursuivre plus au nord si nous voulons éviter les frais faramineux qui en découleraient.

Débute alors une traversée vers le sud-est, pour rallier Édimbourg via Inverness et le parc national des Cairngorms.

Quelques kilomètres plus à l'est, nous faisons une halte – peut-être pour la première fois – au soleil. Au loin, un sommet pyramidal affleure derrière un col. J'attends alors un moment : les nuages qui l'encerclent et s'accrochent à lui le masquent partiellement, ne manque que quelques rayons sur les collines... Un quart d'heure plus tard, la conjonction que je souhaitais apparaît, fugace.

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Deux heures plus tard, nous trouvons un lieu idéal pour passer la nuit, quelque part au nord-ouest d'Inverness ; en forêt, cette fois-ci.

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  • Jour 6 - 26 septembre 2017

La présence du soleil fut de courte durée. Au matin, la brume a envahi les bois.

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Le sixième jour sera un jour de repos : nous trouvons une chambre près d'Aviemore, premier lit depuis notre arrivée. Le sol étant trop détrempé jusqu'ici, nous n'avons jamais pu planter la tente, et dormons le reste du temps dans la voiture, "retour aux sources".

  • Jour 7 - 27 septembre 2017

Les paysages redeviennent peu à peu plus classiques. La limite des miles nous empêche d'aller dans certains lieux que j'avais repéré, nous improvisons donc sur la route ; mais la campagne écossaise a tout de même un certain "cachet".

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Malheureusement l'atmosphère se change peu à peu en un brouillard gris uniforme, lissant les contrastes. Nous traversons les Cairngorms dans cette ambiance, et les occasions favorables à la photographie se raréfient inévitablement.

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  • Jours 8, 9 & 10 - 28 au 30 septembre 2017

Nous décidons alors de poursuivre jusqu'à Édimbourg, pour y passer les deux jours restants. Et nous sommes tant proche de la fin de nos miles que nous devons nous garer à 45mn de bus du centre ; chance dans notre "malheur", idéalement placés pour les nuits à venir, au bord des plages de l'estuaire du Forth. Et finalement, le soleil émerge.

Nous passerons donc les deux prochains jours à explorer la capitale écossaise, retrouvant le tumulte urbain et des ambiances très différentes.

Et au matin du 30 septembre, nous embarquons pour notre vol retour... En survolant de nouveau les collines pourpres, je songe au prochain voyage ici ; l'Écosse regorge de territoires sauvages, d'îles oubliées. Les explorer s'impose alors comme une évidence.