Le bivouac. Plus qu'une simple nuit en tente dans les étendues sauvages, c'est toujours un moment très spécial, contemplatif, et emprunt d'une certaine liberté. Installer le campement sur une crête, en haut d'un sommet, d'un col, dans la forêt ou au bord d'un lac. Voir le soleil se coucher, le ballet nocturne des constellations et des astres, puis l'aube naître à l'horizon et le jour se lever de nouveau.

La nuit, bercé par la toile ondulant au gré du vent, parfois balloté par les tempêtes, la neige ou la pluie.

Mais c'est aussi une chose indispensable si l'on veut se trouver au bon endroit, au bon moment. Loin des foules, indépendant. Haut au dessus de la plaine et de l'agitation du monde, là où le temps s'écoule différemment, et où la lumière est la seule chose primordiale.

 

Vous trouverez ici quelques uns des bivouacs les plus marquant de ces dernières années, accompagnés de petit récits et anecdotes.


2015

11 février 2015, sous le pic de Barran, vers 1980m.

Le premier bivouac de 2015, sous le pic de Barran (1982m), sur la crête menant au pic de Mont, plus à l'est. Les conditions furent, en terme de "confort", excellentes. Moins en ce qui concerne la photo, fatalement, étant donné que nous avons du attendre d'être pratiquement redescendu le lendemain pour croiser les premier nuages. Une belle nuit étoilée, en revanche... La température fut particulièrement clémente, -5°c au moment de se coucher, absolument pas de vent, du soleil, bref, une sortie très agréable - dans une neige plutôt bonne - malgré une seule image "intéressante" tirée de ces deux jours.


2014

17 novembre 2014, sur la crête menant au pic de Fonta, vers 1800m.

Fonta 122or.jpg

Peu de temps après une petite expédition dans les premières neiges de la saison [lire le récit de cette sortie], vint le dernier bivouac de l'année non loin du pic de Fonta, une fois encore. Un nouvel épisode neigeux - qui s'était achevé lors de notre ascension - avait déposé une couche de neige fraîche sur la crête, alors que quelques centaines de mètres plus bas, l'automne perdurait encore. La nuit fut ventée, après un bel instant au coucher du soleil suivi de près par une grisaille hivernale. Le lendemain, la neige commencera déjà à fondre, ultime répit avant que l'automne ne cède définitivement sa place.


23 septembre 2014, pic de Fonta, 1934m.

23 septembre. Je pars pour le pic de Fonta depuis le col de Pause, en Ariège, un sommet peu connu d'où la vue sur la face est du Mont Valier semble saisissante. Le ciel est encore chargé alors que je commence l'ascension, mais il est censé se dégager en soirée, au plus tard dans la nuit. Seulement, en montagne - et en Ariège particulièrement - les choses ne se passent pas toujours comme prévu. Après quelques difficultés à trouver un sentier plutôt approximatif par endroits (voir totalement inexistant), je suis la carte pour finir par remonter droit sur une croupe herbeuse, et arrive, à la limite des derniers arbres solitaires, dans la masse nuageuse. Tout n'est désormais que brumes. Je finis par rattraper la sente, et parviens au sommet en toute fin d'après midi, étant parti assez tard. Je suis toujours au cœur des nuages. Je m'assois alors sur le sommet et attends, dans un silence parfait, de voir si le ciel se dégage. Mais à l'inverse, une fine bruine se met à tomber. Je plante la tente, et rentre me faire un thé, en attendant une évolution des choses dehors. Évolution qui ne se produira pas. Ni dans la nuit, ni à l'aube le lendemain. Alors que je sors la tête de ma tente après une nuit où je n'ai presque pas trouvé le sommeil, je ne peux que constater que la brume ne s'est pas décidée à partir. J'attends encore un peu, croyant que la luminosité s'accroit, mais il n'en est rien. La bruine se remet à tomber par intermittence. Je décide donc de redescendre, à contre cœur, et d'emprunter - faute d'avoir le choix - les pentes herbeuses raides et détrempées que je voulais éviter. J'essaye de suivre le sentier pour ne pas le quitter ce coup-ci, mais il disparaît complètement et je finis par reprendre le même itinéraire qu'à l'aller, cette fois avec une visibilité réduite à néant.

Étonnamment, la première partie se passe plutôt bien, je retrouve la légère trace dans les herbes hautes que j'avais laissé la veille, et parvient finalement à une première forêt. Là, la brume semble écrasée au sol. Le moral remonte un peu et je réalise les images de la série "La Forêt Silencieuse" [voir la série], puis continue mon chemin, croyant que le plus dur est derrière moi. Mais je ressors de cette forêt, étant censé passer dans une autre. Plus de sentier, une fois encore, alors je continue droit devant à travers une pente. Mais rien, je débouche à la lisière de la forêt, sans aucun chemin devant. Je bataillerais alors à tenter de le retrouver, mais finirais par me perdre dans les bois. Je terminerais par me fixer une direction pour pouvoir retomber sur la piste menant au col, où j'arriverais enfin après une longue traversée dans la forêt brumeuse, et parviendrais trempé jusqu'à l'os à la voiture après avoir remonté la route de terre et mis quelques heures de trop... Inutile de dire qu'au cours de cette sortie, je n'aurais vu le Mont Valier à aucun moment, et il me faudra y retourner par deux fois avant de le voir se découvrir enfin.


9 février 2014, Cap de Closòs, 2416m.

Retour au Cap de Closòs, sommet espagnol méconnu, après un premier bivouac hivernal près d'un an auparavant.

C'est dans des conditions très similaires à l'année d'avant que nous partons vers ce sommet. Départ sous une neige légère, puis éclaircie une fois arrivés sur un premier plateau. En revanche le soir, le ciel se charge alors que nous plantons la tente. La nuit est glaciale, la température est censée descendre aux alentours de -15°c à -20°c. Nous restons bien emmitouflés dans nos duvets d'hiver, jusqu'à l'aube. Là, le vent qui avait soufflé la nuit durant se calme, et le ciel s'est totalement dégagé. La lumière de l'heure bleue se reflète sur la neige à perte de vue. Puis le soleil se lève et illumine les quelques cirrus qui trônent au delà des cimes, puis les hauts sommets des Monts Maudits, au loin, l'Aneto, la Maladeta, le pic des Tempêtes... Et ce glacier que j'avais traversé moins d'un an auparavant pour grimper en haut de l'Aneto et ses 3404m, plus haut sommet pyrénéen.

Nous redescendrons dans la matinée, alors que le ciel se chargera une fois encore pour pratiquement terminer par un jour blanc.

[Lire le récit complet]


2013

19 octobre 2013, quelque part dans le massif du Monte Perdido, non loin du col d'Astazou, vers 2850m.

Un jour d'octobre dans le massif du Monte Perdido - Le Mont Perdu - dans les Pyrénées espagnoles. Nous devions, depuis la brèche de Tuquerouye, longer le Lac Glacé par la droite, puis poursuivre l'ascension dans un grand thalweg rocheux, pour finalement rejoindre le col d'Astazou, à 2951m. De là nous aurions dû emprunter la crête, à l'ouest, menant au sommet du Pic du Marboré, sur la crête frontière, dominant l'immense cirque de Gavarnie du haut de ses 3248 mètres. Mais dés le départ du refuge de la brèche, le temps déjà gris devint très mauvais : brume, vent, pluie... Aussi, après une progression laborieuse dans l'épais brouillard, suivant les cairns, nous finîmes par renoncer, et installer la tente, vers 2800 / 2850m, sur un replat bien au dessus du Lac Glacé.

Le temps ne s'arrangea pas, durant la nuit. Une tempête de neige accompagnée de quelques coups de tonnerre fracassants sévit jusqu'à l'aube. Au lever du soleil, une petite couche de ce grésil neigeux humide avait recouvert les environs. En revanche, les sommets, dont celui que nous devions faire, étaient blanchis d'une trentaine ou une quarantaine de centimètres de neige.

Le matin, le plafond nuageux s'est élevé, nous permettant d'apercevoir le Lac Glacé, quelques centaines de mètres en contrebas. La redescente sera chaotique, dans les éboulis glissants et détrempés, nous préfèrerons descendre une partie par un grand névé glacé, en crampons, après avoir esquivé une chute de rochers... L'ambiance est spéciale. Ce n'est qu'en repassant dans le versant français de la brèche que nous retrouvâmes un peu de visibilité, mais malgré tout, le retour se fera sous la pluie jusqu'au lac des Gloriettes.

[Lire le récit complet]


1er septembre 2013, pic du Taillon, 3144m.

taillon 181c.jpg

1er septembre, l'arrivée de ce mois transitoire entre été et automne. Il fait encore chaud, ce jour là, alors que nous montons depuis le col des tentes jusqu'au refuge des Sarradets, où nous nous arrêtons manger tardivement, vers 15h. Nous nous hissons ensuite jusqu'à la fameuse brèche de Rolland, au dessus du cirque de Gavarnie, et prenons à l'ouest sur la crête menant à notre destination, le pic du Taillon, à 3144m. En fin d'après midi, nous plantons les tentes au sommet, entre les murets de pierres.

Sous le sommet, un océan de nuages s'anime de marées incessantes, déferlant au ralenti contre la crête frontière. Puis le soleil décline, et s'approchant de l'horizon nous offre une symphonie crépusculaire aux couleurs d'ambre. La scène semble irréelle, là, loin de tout, une fois encore.

Je pars contempler une dernière fois le soleil, avant que le vent ne se lève, et que l'obscurité nous gagne.

[Lire le récit complet]


11 mai 2013, non loin du portillon supérieur, dans le massif de la Maladeta, vers 2800m.

Le 10 mai 2013, en haute altitude, l'hiver est encore présent après de très importantes quantités de neige tombées au cours de la saison. Nous plantons la tente non loin de l'Hospital de Benasque, en Espagne, en vue de gravir le plus haut sommet de la chaîne pyrénéenne : l'Aneto, 3404m.

A l'aube du 11 mai, nous commençons la longue marche du 1er jour. Nous traversons les forêts, passons le refuge de la Rencluse, et grimpons les immenses pentes menant au portillon supérieur, une brèche permettant d'accéder au glacier de la Maladeta. Après une journée à évoluer dans une neige difficile, nous plantons finalement la tente vers 2800m, sur le haut d'un affleurement rocheux.

Derrière la crête frontière, une gigantesque mer de nuages s'étend à perte de vue, s'engouffrant en cascades par les cols et les brèches sur les versants espagnols, sans jamais parvenir à réellement traverser. Le vent se lève avec la tombée de la nuit, de plus en plus fort, glacial. Il est temps de dormir.

Au petit matin, la mer de nuages est toujours présente côté français. Le soleil s'élèvera bientôt à l'est, il est temps de partir pour le sommet. Nous laissons la tente et le matériel dont nous n'avons pas besoin et partons plus légers vers le portillon supérieur. Vers 7h40, nous prenons pied sur le glacier. Nous apercevons pour la première fois le toit des Pyrénées. Après une longue traversée, nous entamons l'ascension finale depuis le col de Coronas. Le dernier passage, le plus délicat - une arête étroite surplombant le vide - une fois franchis (non sans une certaine appréhension), nous voilà au sommet. Nous restons un quart d'heure, profitons de cette vue saisissante sur tous ces sommets en dessous de nous et la plaine envahie de nuages, et repartons vers la tente, 600m de dénivelé plus bas. De là, après avoir replié la tente, il nous restait encore plus de 1200m de dénivelé à faire avant de revenir au parking du départ...

[Lire le récit complet]


23 mars 2013, Cap de Closòs, 2416m.

Alors qu'en plaine, loin de là, le printemps s'avance doucement, à 2400m en montagne, l'hiver est loin d'être terminé. Notre ascension débute sous la neige, et nous arrivons au sommet en fin d'après midi, au soleil... Il y a un peu de vent alors que nous plantons la tente.

A minuit, sous la pleine lune, nous évoluons sur le sommet comme en plein jour, sans frontales. Mais la température est en train de descendre, et avoisine les -15°c. Le vent siffle autour de la tente, et se renforce, gémissant d'un son polaire. Nous rentrons et nous enfouissons dans nos sacs de couchage. Les rafales heurtent la toile de plein fouet.

Au matin, comme souvent, la paroi intérieure de la tente est recouverte de givre, ainsi que nos sacs, nos bonnets... Je me lève, m'habille, dégèle mes lacets et ramolli mes chaussures au réchaud, puis sors. Le vent s'est calmé, mais la température est toujours glaciale. Mes doigts sont engourdis et douloureux alors que je photographie l'aube, ne gardant que les sous gants. Éternelle problématique (le rapport maniabilité de l'appareil / chaleur) que j’essaierais d'optimiser au fil du temps. Le ciel est un peu plus couvert, les reliefs dans la neige s'estompent, la scène, épurée, est emprunte d'une certaine douceur, faisant presque oublier les conditions climatiques hivernales...

[Lire le récit complet]


2012

15 août 2012, lac d'Aumar, 2192m.

Une nuit étoilée, près du lac d'Aumar, dans le massif du Néouvielle. Au cœur du mois d'août, la voie lactée est parfaitement visible, loin de la pollution lumineuse, et sans lune. Entre les bosquets de pins à crochets de la forêt la plus haute d'Europe, nous avons planté nos tentes, au soir d'un périple de 4 jours. Peu à peu, la brume s'avance depuis la vallée et s'installe sur le plateau et les environs du lac. Une minute après cette capture, nous serons déjà submergé dans la nappe de brouillard...

Au matin...