20 - 24/09/2012 : Dans les environs du Mont Perdu

Un récit que je me devais de faire, sur ce qui fut probablement une de mes premières sorties en solitaire les plus marquantes. Pourtant je n'atteindrai pas mon but, le sommet du Mont Perdu, mais passerai 4 jours intenses dans les vastes montagnes de ce massif.

 

  • Jour 1 

Départ le 20 septembre de Toulouse, et arrivée tardive au parking du lac des Gloriettes, dans les Hautes-Pyrénées. Je suis censé monter jusqu'au refuge de Tuquerouye, et il est déjà 15h30. C'est faisable, mais une fois arrivé dans l'immense cirque d'Estaubé, je décide de prendre mon temps et d'acclimater mon esprit à cet endroit avant de me lancer dans l'ascension jusqu'au raide couloir menant au refuge.

Je flâne donc dans la vallée en fin d'après midi. Tout ici est paisible, il règne cette ambiance de moyenne montagne typique, une sorte de sérénité sauvage face à laquelle on ne peut être qu'humble.

Je me dirige vers la cabane de berger. Malgré le confort relatif, ça reste une cabane de montagne, comme l'atteste cette "superbe" nappe sur la petite table, d'un kitsch parfait : on y trouve à la fois des chevaux et des plages de sable fin avec palmiers, un sans faute.

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J'allume un feu puis avale un repas chaud avant d'aller me promener un peu dans les environs. Un mouton solitaire -que je baptiserai Johnson - rôde dans le parages.

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Peu de temps après, un vaste troupeau prend place dans la vallée, mettant fin à nos solitudes respectives.

Quelques captures vidéos illustrant l'ambiance de la soirée...

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  • Jour 2 

7h30. Je me lève à l'aube ; au sud, des nuages s'enflamment sur la brèche. Je prends mon petit déjeuner en vitesse et pars vers le refuge, au sommet de la brèche.

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Sur le chemin, je rencontre d'impressionnantes ambiances, puis un randonneur me dépasse et file vers la Hourquette d'Alans, col proche situé à l'ouest.

Face à moi l'atmosphère est presque intimidante.

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Je continue ma route vers l'imposante Borne de Tuquerouye - un grand amas rocheux marquant la base de la brèche - et commence à "mettre les mains" sur quelques passages plus escarpés, avant d'enfin parvenir en bas du fameux couloir. Je fais une courte pause avant d'entamer l'ascension.  Le randonneur que j'avais croisé quelques temps plus tôt arrive rapidement : il s'était en fait trompé de chemin, et trace vers le refuge. Nous commençons l'ascension ensemble ; il ne reste de la neige que sous les barres rocheuses de part et d'autre du passage, et nous avançons dans des éboulis croulants. La pente est raide, et il monte bien plus vite que moi, équipé d'un sac léger alors que je m'épuise avec mon énorme paquetage de 4 jours truffé de matériel photo.

J'arrive au sommet de la brèche après une heure, dépasse le refuge et laisse tomber mon sac pour contempler la vue qui s'offre à moi : la face nord du Mont Perdu, son glacier, le sommet caché dans les nuages ; et le grand Lac Glacé à mes pieds (qui ne l'est d'ailleurs plus, à cette saison). Je prends quelques photos, et vais m'installer dans le refuge. J'ai manifestement mal choisi mon moment pour partir en montagne : je suis en train de tomber malade... Je reprends donc des forces et avale mon repas de midi au refuge. Vu l'épaisseur des nuages, mon état se dégradant, et ma faible connaissance des lieux, je décide de remettre l'ascension du sommet au lendemain, ce qui me laisse du temps pour étudier les cartes et bien repérer la cheminée que je devrais emprunter pour atteindre le balcon du glacier suspendu.

Le refuge a un certain cachet, avec sa partie de toit en moins, les volets des fenêtres posés contre les murs, et une Vierge qui tente laborieusement de veiller sur le tout.

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Je sors contempler le Mont Perdu, attendant que quelque chose se passe... Soudain, le ciel se transforme : le glacier se découvre, les nuages s'animent en une gigantesque déferlante s'écrasant sur la montagne et le soleil arrive à percer quelque part, traversant ce chaos de vapeurs pour venir tomber sous les barres rocheuses... La scène ne dure que quelques secondes, puis le vent souffle de nouveau et les nuages viennent noyer les lieux d'une brume grise et uniforme. Cet instant m'évoque beaucoup de choses, de l'univers de Tolkien, Lovecraft ou encore d'anciens mythes...

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Un marcheur passe et me demande quelle est la "bonne" cheminée. Nous examinons les cartes et je lui explique ce que j'ai lu, puis il descends vers le lac glacé, qu'il contourne par la gauche avant de remonter vers les falaises.

Une fois n'est pas coutume, de nouvelles captures vidéo attestent de l'atmosphère de l'après-midi.

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Un bidon de 10 litres traîne dans le refuge. Vide. Je décide sur un élan de bonne volonté (et de logique, mes propres réserves s'amenuisant) d'aller le remplir au lac. Il me faut descendre le couloir côté espagnol, largement plus court et plus simple, bien que lui aussi assez raide. Je remplis le bidon, et entame la remontée... Seulement, j'ai désormais 10kg dans une main, la bonne idée... Une fois en haut (après avoir piétiné dans les gravats un petit moment), j'installe le bidon dans l'entrée, y ajoute quelques pastilles de Micropur et rectifie un morceau de papier inscrit "eau purifiée le..." en changeant la date. Un Espagnol arrive, puis un Français. Peu à peu le refuge se remplit, heureusement je suis déjà bien installé et mon lit est prêt. Deux grimpeurs français arrivent, nous discutons. Au final nous serons en tout 4 Français et 7 Espagnols. Je mange un morceau avec les deux gars et pars me coucher à la nuit tombée. Sauf que s'endormir n'est pas simple : il y a là une dizaine d'Espagnols qui s'expriment disons "sans complexes" et trois français débattant vigoureusement de l'agriculture dans le Larzac ou quelque autre sujet improbable...

  • Jour 3 

Réveil tôt, avant l'aube. Le refuge se vide alors que des nuages reviennent peu à peu s'accrocher sur la face du "Monte Perdido". Le lever de soleil est splendide, mais très vite je pense à renoncer à l'ascension : ma maladie a empiré, et je veux rester raisonnable et ne pas me lancer dans le brouillard (qui reviendra rapidement) alors que certains passages sont délicats et que je ne connais pas encore le massif. Je reste donc tranquillement sur mon rocher jusqu'à ce que les couleurs s'estompent, et remonte au refuge.

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Petit déjeuner, sac sur les épaules et le retour dans la vallée commence alors.

J'appréhende un peu la descente du couloir avec mon énorme sac, mais au final elle s'avère étonnamment plus simple que la montée.

J'arrive rapidement en bas du couloir, et descends les blocs du pierrier à sa base en contemplant l'immense vallée verte qui s'étend à mes pieds. J'ai en tête une chanson du groupe Les Discrets, "Song For Mountains", dont les paroles et la mélodie correspondent parfaitement à l'ambiance. 

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Je descends vite, et finit par arriver dans la vallée assez tôt. Je cherche un coin tranquille pour me reposer. Je ne repartirai que le lendemain, et ai donc le temps... Je trouve un petit ruisseau affluent du gave d'Estaubé, et m'installe sur sa rive. J'enlève enfin mes chaussures et trempe mes pieds, allongé au soleil... Je passe un moment ici, paisible.

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L'après-midi passe et je retourne vers la cabane où j'avais dormis le premier jour, où je fais une sieste dans l'herbe avant de m'installer. Toujours pas de signes du berger.

Le soir tombant, le ciel se couvre. La solitude commence à me peser un peu plus, malgré les brèves rencontres que j'ai pu faire. La montagne, il n'y a qu'ici que j'ai ressenti cette fascination mêlée d'angoisse, qu'il faut apprendre à surmonter avec le temps, mais qui reste toujours là, quelque part, lorsqu'on est seul avec soit même dans ces immensités. Je me couche tôt après un maigre repas, et finis par tomber de fatigue.

  • Jour 4 

L'aube. Je n'ai pas très bien dormis, mais le moral est remonté. J'ingurgite un petit déjeuner et file dehors, le lever de soleil s'annonce dantesque...

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Après avoir fais mon sac, le berger arrive. Nous n'échangeons pas grand chose de plus qu'un aimable "bonjour", et il part vers les hauteurs.

Je repars également, et atteins le parking assez tôt ; s'achève alors mon séjour solitaire. Le Mont Perdu a laissé une certaine emprunte sur moi, et j'ai le sentiment que j'y reviendrai vite...