19 & 20/10/2013 : Conditions difficiles dans le massif du Mont Perdu

Samedi 19 octobre, nous partons du lac des Gloriettes vers 8h45 avec pour objectif le pic du Marboré. Des nuages chaotiques s'entrelacent sur la crête frontière, présage d'un temps difficile côté espagnol. Néanmoins l'ascension jusqu'à la brèche de Tuquerouye se fait sous un ciel nuageux, mais presque sans pluie, et avec une visibilité excellente.

Sur le sentier, un cairn macabre nous souhaite la bienvenue. Au même moment, des vautours tournent au dessus d'une montagne au nord ouest, en quête d'une dépouille plus fraîche que celle-ci... 

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En arrivant au dessus du cirque, les nuages se font plus tourmentés, et de grises écharpes déchiquetés passent le Port Neuf de Pinède pour aller se perdre au dessus de la vallée.

Une fois sous la brèche, le ciel se fait plus menaçant, noir, et nous grimpons le couloir en sachant pertinemment que la vue de l'autre côté ne sera pas aussi saisissante que d'habitude. 

Après une pénible ascension dans les éboulis raides de la brèche, nous arrivons au refuge. Pause du midi, nous mangeons en compagnie de quelques Espagnols, et repartons après une brève hésitation vers le col d'Astazou. Nous descendons rapidement le versant sud de la brèche et nous engageons dans la vire longeant le lac glacé par la droite, sous la crête frontière, pour nous éviter un contournement qui nous aurait fait perdre une bonne heure. Ce passage réputé scabreux est en réalité assez simple, bien qu'impressionnant, il faut parfois mettre les mains mais rapidement nous passons le lac. 

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Nous débouchons dans un thalweg occupé par les névés. La brume se densifie à mesure que nous montons. Bien vite, nous n'y voyons plus qu'à une dizaine de mètres. Pas trop de mal à suivre le "sentier" cela dit, si on ouvre l’œil on trouve toujours un cairn pour nous signaler que l'on est sur la bonne voie.

Dans cet épais brouillard, les rochers prennent des formes inquiétantes. Je crois voir ici le crâne d'une sorte d'éléphant d'un temps ancien... Ambiance particulière, comme souvent dans ces moments là. 

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Il pleut par intermittence, et de fortes rafales nous heurtent de plein fouet... Les conditions sont de plus en plus difficiles. Nous montons jusqu'à un replat et nous arrêtons longuement pour décider de ce que nous allons faire. Il est près de 16h, et le soleil va rapidement décliner. Par ailleurs, la météo est annoncée encore plus mauvaise pour la soirée et la nuit suivante. Nous décidons d'abandonner l'ascension du Marboré, étant donné le passage délicat que nous devrions emprunter : une crête et l'escalade de la face nord du pic, assez accessible par beau temps mais beaucoup trop risquée dans ces conditions. 1200 mètres de falaises d'un côté, des barres rocheuses de l'autre, et le choix de la bonne cheminée serait impossible dans cette brume.

Nous plantons donc la tente, et allons prendre le thé au sec. Il se met à pleuvoir dehors, et le vent se lève. Nous sommes bien protégés par notre muret de pierres, et n'avons plus qu'à attendre le lendemain pour redescendre par le même trajet. 

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La nuit est mouvementée. Une tempête souffle, une sorte de grésil tombe dru sur la toile de tente... Quelques heures plus tard, un coup de tonnerre nous réveille, résonnant partout autour de nous. Un second éclair frappe la crête frontière, nouveau coup de tonnerre fracassant, l'écho semble interminable. Puis le calme revient, quelques coups de foudre se font entendre au loin, plus à l'ouest, et le vent et la pluie continuent de s'abattre sur les montagnes. 

Vers 7h, je profite d'une accalmie pour essayer de jeter un œil dehors. J'ouvre la première toile, puis touche la porte de l’abside... Et là : "Il a neigé !", le grésil était en fait une neige compacte et humide. Dehors, tout est blanc, une fine couche de 5 à 10cm recouvre les environs. Retour dans la tente pour prendre le petit déjeuner, puis je jette un œil derrière nous : le plafond nuageux est remonté d'une centaine de mètres, et nous voyons le vallon rocheux que nous avons emprunté, jusqu'au Lac Glacé et aux balcons de Pineta.

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Il retombe une neige humide de temps à autres, ambiance glaciale...

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Au sud ouest se dévoile le pied des hauts sommets, qui apparaissent blancs. Mon objectif est trempé alors que j'essaie de capturer cette atmosphère glaçante.

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Il est alors temps de redescendre. Nous progressons dans un dédale de roche chaotique recouverte de neige, tout est glissant, la marche est compliquée, les rochers croulent sous nos pieds. Nous passerons par un grand névé en crampons, afin de gagner du temps et s'éviter une fatigue inutile.

Nous finissons par arriver au refuge, où nous retrouvons les Espagnols de la veille. Repas express, puis il est temps de redescendre la brèche. La première partie est encore plus boueuse et croulante, il faut y aller doucement. Mais arrivés à la moitié du couloir, nous sortons enfin des nuages, pour la première fois depuis la veille.  La brèche semble être la porte d'un obscur monde de brume...

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Arrivés à son pied, nous n'avons plus qu'à descendre les pierriers pour retrouver un sentier digne de ce nom. De là, s'ensuit la longue marche de retour dans la vallée, toujours sous la pluie. 

La vallée dans ces conditions est superbe, ses tons délavés d'automne et les volutes nuageux qui la dominent offrent une atmosphère grandiose... 

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Nous continuons la marche jusqu'au lac des Gloriettes, et arrivons enfin à la voiture vers 14h30. Il est alors temps de prendre la route du retour, vers la plaine et le beau temps... Malgré les conditions difficiles et l'échec de l'ascension du pic, cette expédition fut excellente et riche d'enseignements. Ascension à retenter bientôt, par beau temps et peut-être par une autre voie.