10 - 12/05/2013 : Pic d'Aneto, 3404m

Vendredi 10 mai 2013, nous partons vers l'Espagne et le massif de la Maladeta avec Joël, "compagnon d'ascension".

Un peu plus de 4h de route nous attendent, en vue d'aller faire l'ascension de l'Aneto - plus haut sommet des Pyrénées avec 3404 mètres.

Nous filons donc jusqu'à l'Hospice de Bénasque, là où la route laisse place à une épaisse couche de neige compacte ; et y plantons la tente. La nuit est calme, il ne fait pas encore trop froid à cette altitude.

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Au matin débute la longue marche d'approche, en ski pour l'un et raquettes pour l'autre. Très vite, au lieu de suivre la route enneigée, nous apercevons une trace qui grimpe dans la forêt, un peu plus en hauteur. Nous décidons de la suivre, et d'éviter ainsi la monotonie de la piste. Et nous ne sommes pas déçu ! 200 mètres de dénivelé, oscillant entre dévers raides et passages dans les forêts de sapins. Nous nous rendons finalement compte que cette trace dévie et ne monte pas vers le refuge de la Rencluse, où nous devons passer, mais vers un sommet de l'autre côté de la vallée. Nous rectifions notre trajectoire et finissons par retrouver la trace menant au refuge.

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Nous y parvenons un peu plus de deux heures après avoir quitté l'Hospital, et y faisons une courte halte. Un chat nous accueille tandis que deux chiens se prennent pour des isards et courent dans les pentes. Les gardiens ont visiblement de la compagnie...

10h30. Il est temps de partir à l'assaut de l'immense vallon qui monte jusqu'au Portillon supérieur, passage menant au glacier de la Maladeta et à l'Aneto. Nous sommes censé bivouaquer au col de Coronas, situé au bout du glacier, juste sous le sommet, avant les 300 dernier mètres de dénivelé bien raides.

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Cinq heures plus tard, la fatigue a finalement raison de nous. Après plus de 7h de marche au total et environ 1100m de dénivelé dans une neige printanière de plus en plus molle, nous décidons de bivouaquer sur un affleurement rocheux, au sommet d'une sorte de petite crête dans la pente, à 2750m - assez près du portillon supérieur.

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Côté français, une gigantesque mer de nuages s'étend à perte de vue et déferle à travers les cols dans la vallée, sans arriver - par chance - à passer du côté espagnol. Comme souvent dans ces moments là, plus rien n'existe, et les soucis lointains des Hommes semblent bien dérisoires. Nous passons la soirée à contempler la scène et discuter, avant que le vent glacial et l'absence de soleil ne nous poussent l'un après l'autre à nous enfouir dans nos duvets.

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La nuit est venteuse, la tente remue en un froissement perpétuel, mais la fatigue finit par vaincre, et je peux dormir un peu.

5h, le réveil sonne. Il fait (très) froid et le vent souffle encore. En revanche la mer de nuages est encore là, alors le petit déjeuner se fait encore une fois derrière le trépied.

La lumière du soleil apparaît peu à peu à l'est, grandiose moment et promesse d'une température plus clémente.

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À 6h, nous partons en direction du portillon supérieur. En moins de 20mn, nous y sommes. La neige a complètement regelé durant la nuit et nous facilite grandement la marche en crampons.

Nous arrivons au portillon en une demi-heure. La vue s'ouvre enfin sur le glacier de la Maladeta et le Pic d'Aneto, tout au bout. Commence alors la longue marche sur le glacier. Nous progressons sous les Monts Maudits, l'objectif en vue au sud tandis que du nord à l'est s'étend la mer de nuages, qui semble de plus en plus lointaine. Derrière nous, l'impressionnant portillon s'éloigne peu à peu.

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Alors que nous passons la barre des 3000m, la vue se fait de plus en plus stratosphérique. Le glacier est battu par le vent, des tourbillons de poudreuse virevoltent à perte de vue...

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Nous apercevons un petit point noir dans la pente menant au sommet : il s'agit de l'une des premières personnes à grimper ce matin là.

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Nous atteignons finalement le col de Coronas - où nous aurions du bivouaquer la veille - vers 8h20. Courte pause, et départ pour la pente finale et les 300 derniers mètres vers le sommet, pas après pas.

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La pente se raidit sérieusement, et nos crampons peinent parfois à s'enfoncer dans les plaques de glace vive que nous traversons sur la fin. Nous montons encore, et nous voici vers 9h15 au fameux Pas de Mahomet, ultime obstacle avant le sommet. Il est à la hauteur de sa réputation : très impressionnant. À peine plus d'un mètre de large par endroits, et de grandes dalles rocheuses à escalader. Il n'est pourtant pas très technique, mais la présence du vide rend les choses tout à fait différentes. Certains s'encordent, mais nous nous engageons tous les deux "libres".

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M'y voilà enfin, le stress monte. Je suis sans hésiter les conseils de mon équipier - plus expérimenté - pour savoir quelles prises attraper, où poser le pied. Je ne fais pas le fier en voyant les quelques centaines de mètres d'à pic plonger de chaque côté. Le vent a soufflé la neige des dalles de pierre, et les crampons dérapent souvent. Mais en deux (longues) minutes, nous sortons du Pas et voici devant nous les derniers mètres à faire. Il n'y plus alors qu'à marcher jusqu'au sommet, et nous y voilà enfin : sentiment étrange, une sorte d'euphorie grisante m'envahie alors que je réalise et regarde autour de moi les croix parées de guirlandes de drapeaux, et les montagnes à perte de vue, toutes en dessous de nous.

3404m, nous y sommes.

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À l'est, la crête menant au Pic des Tempêtes est impressionnante... Un univers de roches effilées entourées de vide et recouvertes de glace et de neige.

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Après vingt minutes au sommet, il est temps de redescendre. À l'ouest, sur la crête des Monts Maudits et du Pic de Coronas, un alpiniste progresse vers le col du même nom...

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Nous redescendons et reprenons pieds sur le glacier. Nous décidons de nous donner rendez-vous au Portillon, Joël ayant la chance d'être en ski et moi toujours en crampons.  Le retour est ceci dit bien plus rapide, la neige est encore bétonnée sur les trois quarts du glacier, bien qu'elle commence à ramollir sur la fin. Une fois au portillon, même chose jusqu'au camp, mais là la neige commence à se changer réellement en "soupe". Arrêt au bivouac, repos, fonte de neige, repas de midi et nous replions le tout. Affaires dans les sacs, ski ou raquettes au pieds, ainsi débute la descente vers la Rencluse.

La neige est désormais vraiment mauvaise, je suis surpris de voir à quel point je n'adhère plus et tombe déjà. Joël trace au refuge, et commence pour moi la session de glissades sur pieds (du  moins au début), droit dans la pente, en me servant de mes raquettes comme de patins improvisés. Un moment plus tard, me voici enfin à la Rencluse. La descente aura été rapide mais épuisante pour les jambes. Profitant de la pause, je bois autant que je peux et nous repartons un peu après pour la Besurta, début de la piste finale. Nous préférons cette fois-ci rentrer en suivant celle-ci et non par la forêt... Mais la piste est longue et monotone, et ces 5 derniers kilomètres se font sentir sur mon dos - qui commence à avoir marre de cet énorme paquetage qu'il supporte depuis deux jours. Néanmoins nous ne traînons pas, et nous atteignons l'Hospital de Bénasque vers 17h.

Après plus de 1600 mètres de dénivelé négatif dans la neige depuis le sommet, il est finalement l'heure de rentrer, et nous roulons de nouveau vers Toulouse à travers la campagne espagnole qui, elle, connaît déjà le printemps...

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