05/11/2014 : De l'Automne au Blizzard

Mercredi 5 novembre 2014, aux environs de 4h du matin.

Je quitte Toulouse en direction de l’Ariège. Il tombe une pluie irrégulière, et je ne croise que de rares camions dans la nuit. Une ambiance à la Lost Highway… Puis je quitte l’autoroute pour filer vers Saint-Girons, et entamer les routes de montagnes avant d'emprunter la série de lacets menant au col de Pause, à 1527m d’altitude.

Une fois engagé sur la dernière piste pour le col, je commence à voir la pluie se changer en grésil, puis en neige. J’arrive en haut vers 6h20, la température avoisine les -2°c. Le brouillard semble envelopper les environs, quoi que ça ai l’air de varier… J’attends un peu dans la voiture, en regardant les flocons défiler dans la lumière des phares. J’essaie de me reposer une dernière demi-heure, n’ayant dormi que 3h, mais finalement je ne peux m’empêcher de sortir, et de regarder partout autour de moi dans l’aube naissante…

La lumière succède à l’obscurité, la neige s’intensifie. Je découvre les forêts environnantes, blanches.

La crête au nord-est émerge des vapeurs glacées. Je commence l’ascension vers ces hauteurs.

A l’ouest, l’imposante face est du Mont Valier surgit des brumes. Je contemple cet immense trône de roche et de glace, de l’autre côté de la vallée enneigée.

A l’est, les montagnes sont encore voilées, alors que le ciel s’illumine doucement d’une lueur livide.

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Sous le massif du Valier, la vallée et les forêts d’automne s’évanouissent peu à peu dans les brumes.

Le soleil semble s'élever derrière le tumulte nuageux, à l'est. Le ciel se teinte d'ambré peu à peu. Je monte encore sur la crête, et attends, sentant que quelque chose va émerger du chaos...

Soudain, le soleil perce le brouillard et vient frapper l’immense face marbrée de neige.

Les rayons semblent converger vers la montagne, la scène est des plus picturale...

Le vent se renforce, la neige tombe à l'horizontal. Un ultime rayon transperce le ciel, frappe le sommet face à moi et vient tomber dans la vallée, au cœur de la tourmente.

Puis les cieux se referment. Je m'installe sur une fine crête rocheuse surplombant des pentes très raides, et attends.

Le blizzard souffle et les nuages m’engloutissent. Je guette l'ouverture, patiemment… Une rafale chasse la brume au dessus de moi, je me tiens prêt.

Tout à coup des écharpes de neige et de brume s’élancent dans le vide, un arbre givré réapparaît sous la crête et la lumière se découpe au loin dans la tourmente. Une dernière fois, la face glacée de la montagne se dévoile...

Un dernier regard vers les immenses falaises givrées...

Je redescends alors la crête, et retourne à la voiture. En repartant dans la vallée, je finis par m'arrêter sur le bord de la piste...

Au moment où je sors du brouillard, le paysage se dévoile en dessous de moi... Une superbe scène d'automne, comme si j'avais remonté le temps et la saison en ayant descendu cette piste. Le soleil baigne un vallon encore verdoyant, alors que les arbres prennent doucement leurs couleurs délavées. Changement radical d'univers, je passe alors du blizzard à l'automne.

J'avais rencontré une situation similaire, la dernière fois que j'étais venu ici. En repartant, après avoir passé deux jours dans la brume (voir la série "La Forêt Silencieuse"), j'étais sorti de la couverture nuageuse à peu près au même endroit, et avais découvert une scène fort semblable à celle-ci. C'est un endroit particulièrement beau, paisible... Très différent des impressionnantes ambiances de haute montagne que l'on rencontre en gravissant la crête vers le pic de Fonta.

Un petit "bonus" m'attends alors que je descends la route d'asphalte vers le village de Couflens... Les forêts de sapins s'éveillent.

Je roulerai ensuite vers d'autres cols, pour finir à nouveau dans la neige en haut de la station de ski de Guzet, le temps de manger et de reprendre la route pour Toulouse, où l'été indien peinait encore à s'achever il n'y a pas si longtemps.

J'aurais vu ce matin là ce que j'espérais voir... Des atmosphères chaotiques et tourmentées, dans une météo difficile, où il est parfois presque impossible d'ouvrir les yeux tant la neige dure fouette le visage, en plein vent, alors que la température ressentie est largement négative. Mais j'aime aussi ça, ça fait parti de ce tout, de cet univers imprévisible qu'est la montagne. Mes images n'auraient pas la même saveur, je pense, sans ces difficultés que je rencontre pour parvenir à les capturer.